CHAPITRE H
l'espoir de marcher le lendemain à la rencontre de l'armée de l'Escaut (1).
Cet espoir ne devait pas se réaliser. Aux derniers coups de feu, Daine s'était rendu à Hasselt, d'où il transmit, à dix heures du soir, l'ordre d'opérer un mouvement rétrograde. En effet, malgré l'avantage qu'on venait de remporter, c'était le seul parti à prendre ; les événements du lendemain ne l'ont que trop prouvé. Une faute en avait entraîné une autre. Le matin, un mouvement en avant pouvait conduire l'armée aux portes de Diest ; le soir, une pointe sur Kermpt n'était qu'un acte de folle témérité. C'était faire couler le sang belge en pure perte (2).
Quoi qu'il en soit, le mouvement rétrograde s'opéra avec la lenteur qu'on aura déjà remarquée dans la marche de Zonhoven à Kermpt. A trois heures du matin les troupes étaient réunies aux portes de Hasselt. A dix heures elles défilaient encore dans les rues de la ville ! L'armée marchait en désordre. Fantassins, cavaliers, voitures, chevaux de main, fourgons, tout allait pêlemêle. Aucun intervalle n'était laissé entre le corps principal et l'arrière-garde. Les soldats, qui ne se rendaient pas compte des motifs d'une retraite après deux combats où ils avaient repoussé l'ennemi, disaient hautement qu'ils étaient trahis par leur général ; et, il faut le dire, un grand nombre d'officiers subalternes partageaient cette triste conviction. Le peu de discipline que possédait
(1) V. à Y Appendice, le fragment intitulé : Combat de Kermpt {L. D.).
(2) Nous venons de dire que l'ordre d'opérer le mouvement rétrograde a été expédié de Hasselt. Le fait est incontestable. Daine se trompe en affirmant, dans son Mémoire au Roi, qu'il a passé la nuit au champ de bataille.
l'armée de la Meuse avait disparu avec la confiance dans la capacité et l'intégrité du chef. Il était évident que nos troupes, jusque-là si courageuses et si fermes, allaient désormais céder au premier choc.
La catastrophe ne se fit pas attendre.
Au lever du soleil, la 2 e division hollandaise (duc de Saxe-Weimar) avait quitté Saint-Trond et s'était portée en avant sur Hasselt, afin d'envelopper Daine du côté de Saint-Trond et de Tongres. En même temps, les troupes de l'aile gauche, sous les ordres de Cort-Heiligers, s'avançant par Heusden et Zonhoven, marchaient vers Hasselt du côté de Bois-le-Duc. Enfin le prince d'Orange lui-même, s'étant placé à la tète de la 3 e division (Meyer), à laquelle il avait joint 48 pièces de canon, traversa les villages de Kermpt et de Curange sans rencontrer de résistance. A huit heures du matin, Daine se trouvait déjà enveloppé de trois côtés! La route de Hasselt à Tongres était libre encore : il s'y jeta.
Le prince d'Orange ignorait lui-même tous les avantages que ces manœuvres habiles lui avaient procurés. Il croyait que Daine voulait l'attendre à Hasselt, ou même venir tenter une nouvelle attaque dans la direction de Diest. Il fut bientôt détrompé. Un parlementaire qu'il avait envoyé à Hasselt vint lui apprendre que les derniers soldats de l'armée de la Meuse venaient de sortir par la porte de Tongres.
Profitant habilement de cette nouvelle imprévue, le prince ordonna au général Boreel de traverser Hasselt au trot avec sa brigade de cavalerie et une demi-batterie d'artillerie légère. La manœuvre fut exécutée avec vigueur, et ses résultats eussent été bien plus déplorables