‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 31 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

encore, sans l'héroïsme de deux lanciers belges appartenant à un peloton qu'on avait chargé d'observer les mouvements de l'ennemi. Le croira-t-on? Au lieu de se diriger au galop vers notre arrière-garde, ces deux braves se jetèrent sur le premier escadron de hussards hollandais, au moment où il débouchait dans la rue de Tongres , le mirent en désordre et arrêtèrent ainsi, pendant plus de dix minutes, le mouvement de la brigade entière. Entourés d'ennemis, l'un d'eux succomba criblé de blessures; l'autre , tombé de cheval , se précipita dans une maison , s'enfuit par les toits et réussit à se soustraire à toutes les recherches (1).

Boreel rencontra Farrière-garde de Daine à une demilieue de Hasselt, à l'entrée du village de Wimmertingen. Au deuxième coup de canon , notre cavalerie se jeta sur l'infanterie, et le fatal sauve qui peut! retentit dans tous les rangs. Ce fut en vain que les officiers s'efforcèrent de rétablir l'ordre et d'organiser au moins un simulacre de résistance. Les soldats jetaient leurs armes et fuyaient en. désordre à droite et à gauche de la route. Ainsi qu'il arrive toujours dans ces déplorables circonstances, la panique gagna de proche en proche, et bientôt l'armée tout entière se précipita sur Cortessem, criant à la trahison , méconnaissant la voix des chefs et maudissant son général. Les Hollandais nous prirent 3 pièces de 6, 2 obusiers, 7 caissons d'artillerie, un nombre considérable

(1) On affirme à Hasselt que ce brave ne reçut jamais de récompense. — Il ne faut pas confondre cet épisode avec un autre que rapportent les journaux du temps. Au moment où les Hollandais occupaient déjà la Grand'Place de Hasselt , quelques lanciers belges , séparés de l'arrièregarde , traversèrent au galop plusieurs détachements ennemis et réussirent à regagner l'armée de Daine par des chemins détournés.

54 août 1831.

de fusils, plusieurs chariots d'objets d'équipement et 300 prisonniers de toutes armes. Nos pertes eussent été plus grandes si , au lieu de s'arrêter aux dernières maisons de Wimmertingen , Boreel eût vigoureusement poussé la poursuite (1).

Que se passa-t-il ensuite? Nous sommes en présence de deux versions. S'il faut ajouter foi au rapport du colonel L'Olivier, on parvint à réunir une faible partie de l'armée et à mettre quelques pièces en batterie, un peu au-delà de Cortessem , et l'on attendit l'ennemi pendant trois heures sans avoir occasion de tirer un coup de fusil (2). Si l'on doit s'en rapporter à Daine, les choses se seraient passées d'une manière beaucoup plus belliqueuse. « Le désordre, » dit-il, « se propagea dans toute »la colonne pendant environ dix minutes. Aidé de queljaques braves officiers qui exposèrent cent fois leur vie »pour sauver l'honneur belge, je parvins à rallier mes » troupes, et faisant volte-face je courus placer 4 pièces » d'artillerie sous les ordres du major Kessels et du «capitaine Gantois sur la chaussée en avant de Cortessem. »Les cuirassiers sous les ordres du lieutenant-colonel »Delobel se mirent en bataille à la gauche de la route; »de nombreux tirailleurs se jetèrent derrière les haies »en avant du village. Pendant ce temps, l'armée se for- »mait sur une position favorable; le bataillon du major »Breuer tenait la droite, le bataillon de mon aide-de-camp »Capiaumont mon extrême gauche; les bataillons des » majors de Zantis, Patou et Borremans, et l'artillerie sous

(1) Aûn de donner une idée de la manière dont la guerre se faisait alors en Belgique, nous avons transcrit à Y Appendice (I. E.) un fragment du rapport du lieutenant d'artillerie Hippcrt.

(2) Réponse au Mémoire de Daine, p. 5.

Page 1