CHAPITRE II
qu'il avait laissée à une demi-lieue en arrière, l'ordre de se porter en avant et de s'échelonner sur la route.
L'ennemi reçut nos soldats par une fusillade nourrie , que secondait le feu de deux pièces d'artillerie braquées sur la chaussée; mais cette résistance vigoureuse ne suffit point pour arrêter les Belges. Après une demiheure de combat, Bautersem était en leur pouvoir, et une batterie d'artillerie légère, établie de manière à battre le chemin en arrière du village, fit éprouver aux Hollandais des pertes considérables. Ceux-ci s'enfuirent en désordre jusqu'au-delà de Roosbeek.
Ce brillant fait d'armes releva la force morale de l'armée belge. L'exemple donné par le roi avait électrisé le soldat. Constamment à la tête de la colonne, malgré les instances des officiers qui l'accompagnaient, Léopold avait rempli en même temps les devoirs du général et la tâche du soldat. Aussi le succès des opérations de la journée faisait-il concevoir des espérances qui, hélas ! ne devaient pas se réaliser.
Le 12, à la pointe du jour, la brigade du général Niellon avait pris position sur la gauche de notre ligne. Le reste de l'armée occupait le village de Bautersem, en s'appuyant, d'un côté sur l'église, une cinquantaine de maisons et quelques bouquets de bois; de l'autre, sur un vaste bois de sapins.
Les trois divisions hollandaises s'ébranlèrent à la fois. La i n division (Van Geen), à laquelle on avait joint la brigade de grosse cavalerie , s'avança de Winghe- St-Georges et vint se placer en face de la brigade de Niellon. La 3 e division, conduite par le prince d'Orange, attaqua le village de Bautersem, pendant que la 2 e , sous
60 août 1881.
le commandement du duc de Saxe-Weimar, marchant de Bossut à Corbeek, manœuvrait pour passer la Dyle et se jeter sur nos derrières.
L'attaquff des Hollandais commença sur la route de Tirlemont. Placé sur la chaussée en arrière de Bautersem, le prince d'Orange lança ses tirailleurs; mais ceux-ci, repoussés au centre par la mitraille de trois pièces braquées sur la route, bornèrent bientôt leurs attaques à nos flancs, où ils furent accueillis par une résistance non moins opiniâtre. Notre artillerie, servie à souhait, jetait ses boulets jusque dans le groupe d'officiers supérieurs qui entouraient le prince d'Orange et son frère, le prince Frédéric. Le premier eut un cheval tué sous lui, au moment où, pour détruire l'obstacle qui l'arrêtait au centre, il faisait avancer sa cavalerie et son artillerie légère.
Malheureusement des. nouvelles défavorables arrivèrent de notre gauche. Aux prises avec toute la division de Meyer, Niellon avait en vain lutté avec courage; infanterie, artillerie, cavalerie, tout était inférieur en nombre aux forces des agresseurs. Débordée de toutes parts, sa brigade avait été forcée de battre en retraite.
Ce mouvement rétrograde détermina nécessairement celui de toute la ligne. Il était d'autant plus impossible de se maintenir à Bautersem, que le duc de Saxe-Weimar, ayant complètement tourné notre droite, passait en ce moment la Dyle à Corbeek et allait s'emparer des routes de Namur, de Tervueren et de Bruxelles.
Il suffit de lire les relations hollandaises pour avoir la conviction que la retraite de Bautersem à Louvain ne ressemblait en rien à une déroute. Luttant contre des