‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 35 sur 155 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ennemis triples en nombre, ayant leurs deux flânes débordés, les Belges n'en disputèrent pas moins le terrain pied à pied, jusqu'à ce qu'ils fussent protégés par les batteries établies en avant des boulevards de Louvain. Niellon ripostait vaillamment sur la gauche ; la brigade du général Clump luttait sur la droite; malgré le vide produit par la désertion de quelques compagnies de garde civique, le centre, où commandait le général Van Coeckelberghe, se retirait avec autant d'ordre que les accidents du terrain le permettaient. Toujours au milieu du feu, le roi se portait alternativement aux endroits les plus périlleux et dirigeait les mouvements avec autant de calme que de science stratégique.

A défaut de succès, l'honneur de nos armes était sauf.

Afin de ne pas interrompre le récit des opérations militaires, nous avons gardé le silence sur des événements importants, accomplis pendant la marche de l'armée hollandaise, Avant d'aller plus loin, il importe de combler «cette lacune.

On se rappelle que le roi, avant son départ de Liège, avait chargé M. Lebeau de transmettre à M. Lehon l'ordre de demander officiellement l'assistance d'une armée française. H. Lehon reçut la lettre de M. Lebeau le 4 août, à huit heures du matin. Il avait reçu la veille, à sept heures du soir, la dépêche de M. de Meulenaere qui le chargeait de porter le fait de l'invasion à la connaissance du cabinet des Tuileries.

En présence de cet événement si grave, le ministère Périer, qui se trouvait en dissolution, se reconstitua, et l'intervention française fut immédiatement résolue. Le

jour même, on transmit à l'ambassadeur de France à La Haye Tordre de déclarer que son gouvernement, s'étant porté garant de l'exécution des XVIII articles, aurait au besoin recours aux armes pour obtenir l'évacuation du territoire belge. Un supplément extraordinaire au Moniteur universel parut avec les lignes suivantes :

« Le roi de Hollande a dénoncé l'armistice et a annoncé »la reprise des hostilités pour ce soir à neuf heures (1).

»Ce matin le roi a reçu une lettre du roi des Belges, »qui lui demande le secours d'une armée française*

»Le roi a reconnu l'indépendance du royaume de » Belgique et sa neutralité, de concert avec l'Angleterre, » l'Autriche, la Prusse et la Russie, et, les circonstances » étant pressantes, obtempère à la demande du roi des •Belges. Il fera respecter les engagements pris d'un » commun accord avec les grandes puissances.

»Le maréchal Gérard commande l'armée du Nord qui » marche au secours de la Belgique, dont la neutralité et «l'indépendance seront maintenues ; et la paix de l'Eu- »rope troublée par le roi de Hollande sera consolidée. »

Ces paroles étaient dignes du gouvernement d'un grand peuple. Courageuses et fermes, elles disaient à l'Europe que les efforts et les intrigues seraient impuissants contre une nationalité que la France avait placée sous son égide ; nobles et généreuses, elles annonçaient aux Belges que leur indépendance et leurs droits de

(1) Il y a ici une erreur. Depuis deux jours le prince d'Orange avait franchi la frontière belge. L'erreur provient de ce que le gouvernement français envisageait la lettre de Chassé comme une dénonciation absolue de l'armistice , tandis que le général ne s'était préoccupé que de la ville d'Anvers.

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