‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 36 sur 155 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

nation resteraient sans atteinte ; conciliantes et modérées, elles enlevaient aux puissances étrangères tout prétexte à des récriminations, à des jalousies, à des inquiétudes.

L'armée française fut bientôt réunie à la frontière. Là elle attendit un nouvel appel de la Belgique.

Cet appel arriva le 9 au soir. Sans attendre les ordres ultérieurs du roi des Belges, le général Belliard, ainsi que nous l'avons dit, avait expédié un courrier aussitôt qu'il eut appris la déroute de Daine.

Dans la matinée du 10, les Français sortirent de leurs cantonnements et entrèrent en Belgique. La droite déboucha de Givet sur Namur ; le centre marcha de Maubeuge et de Valenciennes sur Bruxelles; la gauche se dirigea de Lille sur Tournay et les Flandres. L'armée , forte de 50,000 hommes, se composait de 4 régiments d'infanterie légère, 12 régiments d'infanterie de ligne, 6 régiments de cavalerie légère , 6 régiments de grosse cavalerie, 13 batteries d'artillerie à cheval ou montées, 3 batteries non montées, 6 compagnies du génie, 1 compagnie de pontonniers et 12 compagnies du train des équipages. Les jeunes ducs d'Orléans et de Nemours se trouvaient dans ses rangs.

La marche de cette armée auxiliaire fut tellement rapide que le 12, vers deux heures de l'après-midi, le duc d'Orléans arriva à Bruxelles, à la tête d'une brigade d'avantrgarde, pendant que le général de la Woëstine traversait Wavre avec une autre brigade de cavalerie.

Ces faits s'accomplissaient au moment où les Belges, après l'abandon de Bautersem, disputaient au prince d'Orange les villages de Lovenjoul et de Corbeek-Loo, sur la route de Louvain,

64 août 1831.

11 est évident que les Hollandais ne pouvaient songer à lutter à la fois contre les Belges et les Français. L'arrivée de ces derniers allait rendre leur retraite inévitable. Désormais le sang des combattants était donc répandu sans motif et sans avantage.

L'ambassadeur d'Angleterre, sir Robert Adair, arrivé à Bruxelles dans l'après-diner du 9, s'était rendu au quartier-général du roi , afin de tenir son gouvernement au courant des événements militaires. Informé de l'arrivée des Français et voulant arrêter l'effusion du sang, sir Adair envoya un parlementaire, lord William Russell, aux avant-postes hollandais, pour demander une suspension d'armes , jusqu'à l'arrivée de la réponse du cabinet de La Haye aux communications de celui des Tuileries. Le prince d'Orange répondit à lord Russell qu'il n'écouterait aucune proposition avant d'être arrivé dans les murs de Louvain, où il avait résolu de se rendre. Il ordonna cependant à un aide-de-camp du prince Frédéric, le major Seva, d'accompagner le parlementaire anglais , pour s'assurer de l'approche des troupes françaises.

Cet envoi du major Seva était un acte de duplicité indigne du caractère chevaleresque et des nobles antécédents du prince. Depuis la veille, il avait reçu du cabinet de La Haye l'avis officiel de l'entrée des Français en Belgique. Depuis la veille encore, il avait reçu de son père l'ordre de reprendre le chemin de la frontière. Un autre Nassau, Guillaume III, roi d'Angleterre, livra bataille ayant le traité de Nymègue dans sa poche. Le prince d'Orange en fit à peu près autant dans les plaines de Louvain. Il ambitionnait l'honneur de con-

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