CHAPITRE H
à Bruxelles, une convention réglant le mode d'évacuation du territoire belge. Depuis le matin, les vedettes françaises étaient en face de celles des hollandais, à Cortenberg, à Grez et à Tervueren.
Le mouvement rétrograde, commencé le 14, s'exécuta avec lenteur. Suivis d'étape en étape par les troupes françaises, les Hollandais arrivèrent, dans l'après-diner du 20, aux frontières du Brabant septentrional.
On se demandait avec inquiétude quelle position les Français allaient prendre en Belgique. S'empresseraientils de retourner sur leurs pas? Occuperaient-ils la Belgique jusqu'à l'évacuation des forts de l'Escaut ? Auraient-ils recours à la force contre la garnison hollandaise de la citadelle d'Anvers? Ces questions, débattues entre le général Belliard et sir Adair, troublèrent un instant les bonnes relations qui avaient constamment existé entre les deux ambassadeurs; mais le désintéressement de la France eut bientôt dissipé ce nuage. Le 18 août, 20,000 hommes reçurent l'ordre de rentrer immédiatement en France. Les derniers corps, restés en Belgique à la demande du roi Léopold, commencèrent leur mouvement de retraite le 25 septembre. Le 30 du même mois, le territoire belge était entièrement évacué (1),
Il nous reste à raconter un incident survenu pendant la campagne et dont les journaux hollandais ont beaucoup abusé.
On savait qu'une sourde fermentation régnait à l'ile de
(I) V. les protocoles, n°» 33 et 41. Recueil de pièces diplomatiques, publié à La Haye, T. I, p. »8, et T. II, p. 50.
70 août 4831.
Java. Malgré les précautions les plus minutieuses, les événements de Bruxelles y avaient été promptement connus, et les Belges, qui formaient la grande majorité de Tannée, parlaient de s'entendre avec les chefs indigènes pour expulser l'ennemi commun et s'emparer de File au nom du peuple belge.
Les inquiétudes du gouvernement de La Haye n'étaient plus un mystère, lorsque des navires venant de l'Inde apportèrent à Londres la nouvelle d'un soulèvement des troupes belges et étrangères à Java. Les équipages de ces navires donnaient les détails les plus circonstanciés sur la marche et le succès de cette révolution militaire.
Cette nouvelle parvint au roi Léopold dans la soirée du 8 août. Il en informa aussitôt le ministre de l'intérieur, et celui-ci, pour fortifier l'énergie morale de la nation , fit insérer au Moniteur l'avis suivant :
« Le ministre de la guerre m'informe du quartier- »général d'Aerschot, que le roi a reçu ce matin, par voie »de l'Angleterre, la nouvelle que les troupes stationnées »dans l'île de Java s'êtant mises en insurrection, les » Belges se sont emparés de l'autorité et ont établi un ^gouvernement au nom de la nation belge. Toute l'ile »est soumise au nouveau gouvernement (1). »
La nouvelle était fausse; mais le roi et ses ministres
(f) Cet avis portait la signature du ministre de l'intérieur, Ch. de
Broukere (Moniteur du 10 août 1831).
L'avis suivant fut placardé dans les rues de Bruxelles et de Louvain :
« Le roi d'Angleterre annonce à l'instant à notre souverain que les
«Belges qui se trouvaient à Batavia se sont emparés du gouvernement
»de nie de Java et que ee gouvernement a été reconnu par les naturels.
«Bruxelles > le 9 août 1831, à dix heures du matin.
*Le gouverneur du Bradant , F. de Goppin. »