‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 40 sur 155 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

avaient agi avec une incontestable bonne foi. En Angleterre,, l'annonce du soulèvement de l'armée de Java avait trouvé au ministère des affaires étrangères la même créance qu'au quartier-général d'Aerschot. Comment d'ailleurs supposer au ministère belge l'idée absurde d'annoncer une révolution aux colonies, avec la certitude de devoir le lendemain démentir l'avis de la veille?

Un pamphlétaire français, momentanément au service du cabinet de La Haye, a eu le courage de s'emparer de cet incident pour jeter l'outrage et la calomnie à la face du roi des Belges. « Que faisait, dit-il, ce prince Léopold, » couronné par un Congrès et portant dans sa royauté » improvisée les destins de cet Etat chancelant? Il recelait de son ambassadeur à Londres, le sieur Yan de •Weyer, une nouvelle ridicule, un bruit vague, accueilli »de la bouche du premier venu et auquel, pour exciter » l'esprit public , on ^'efforçait de donner une valeur » officielle. Une révolution, disait-on, a éclaté à Java,

• les Hollandais sont chassés de cette immense colonie •que les Belges tiennent désormais en leur possession... C'est avec des contes de cette nature que le » nouveau roi des Belges faisait oublier à ses sujets les » désastres de la veille et leur préparait des consolations •chimériques contre le coup réel qui devait bientôt les

• frapper (1). » Il n'est pas nécessaire de répondre à ces diatribes.

Le roi revint à Bruxelles dans la matinée du 16 août. Là aussi le découragement et le désordre avaient régné pendant son absence.

(1) Dix jours àe campagne, par Ch. Durant, p. 149 et 150.

72 août 1831.

La défaite de Daine et la marche rétrograde de Tieken avaient promptement dissipé toutes les illusions. Une terreur réelle s'était substituée à l'exaltation belliqueuse des premiers jours. Les inquiétudes étaient d'autant plus vives que le duc de Saxe-Weimar se trouvait à la tête de l'avant-garde ennemie. Constamment en butte aux insultes et aux railleries de la presse belge, calomnié dans sa vie militaire et dans sa vie privée, le duc était de tous les généraux hollandais celui qui avait le plus d'outrages à Venger. On connaissait la violence de son refrsentimenl; on savait que, depuis son entrée en Belgique, il n'avait cessé de proférer des menaces contre ceux qu'il appelait les rebelles et les traîtres de Bruxelles*

La capitale était à peu près dégarnie de troupes. Quelques brigades de gendarmerie, une centaine d'artilleurs et la garde civique sédentaire étaient les seules forces qu'on put opposer à la «Hvision ennemie qui se trouvait à trois lieues des boulevards. Le découragement avait envahi tous les rangs de l'administration. Le conseil des ministres et le conseil communal délibéraient, mais n'agissaient pas, parce que tous les éléments d'une résistance sérieuse leur faisaient défaut. Depuis plusieurs jours les partisans de la maison d'Orange manifestaient publiquement leurs espérances. Croyant désormais la restauration inévitable, préparant des adresses, organisant des banquets, ils agissaient avec une audace telle que le gouvernement crut devoir proférer des menaces par l'organe du journal officiel (1).

(1) « Le gouvernement a acquis la certitude que la maison déchue a •encore des intelligences nombreuses dans quelques localités, à Bruxelles •entre autres. Des personnes suspectes avaient reparu depuis quelque

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