CHAPITRE I
aronnc que pour le bonheur des Belges. Je me compterai » heureux de les faire jouir des institutions qu'eux-mêmes »ils se sont données. La bonne ville de Bruxelles fera » l'objet de mes soins particuliers ; j'espère bien lui rendre »son lustre et lui procurer une solide et durable prospé- »rité.»
Le roi se remit en marche, s'avançant avec lenteur au milieu d'une foule avide de saluer le premier roi de la Belgique indépendante. En tète du cortège figuraient des détachements de cavalerie des différentes armes de la garnison de Bruxelles; puis venaient la garde civique à cheval, une compagnie de chasseurs volontaires, les blessés de Septembre, le corps municipal, le gouverneur civil, la députation permanente de la province, l'étatmajor de l'armée, l'état-major de la garde civique, les députés du Régent, les délégués du Congrès et enfin le roi, placé entre le général en chef des gardes civiques et le général commandant la division territoriale. Des bataillons de garde civique et de troupes de ligne formaient la haie.
Il était une heure lorsque la tète du cortège déboucha sur la place Royale.
Seize ans auparavant, sur cette même place, un autre roi, entouré d'une cour hollandaise et d'un ministère hollandais, avait, lui aussi, juré de respecter les institutions et les libertés du royaume. Du haut d'un trône pavoisé de couleurs étrangères, Guillaume I er avait solennellement déclaré qu'il venait reprendre l'œuvre de Charles V, interrompue par les guerres religieuses du seizième siècle. Comme toujours, le public officiel avait prodigué ses acclamations banales; mais le peuple avait
4 îl JUILLET — 2 AOUT 1831.
gardé le silence. Cette fois il n'en était plus de même. La nation souhaitait la bienvenue à son roi , et la fête était vraiment populaire.
Une galerie somptueusement décorée était adossée au péristyle de l'église de St.-Jacques. Au fond, sur une estrade élevée de deux marches, se trouvait le trône royal. Sur le plan inférieur, à droite et à gauche du trône, on avait placé des sièges pour les membres du Congrès national.
Les frises de ce gracieux édifice portaient des médaillons entourés de laurier, où brillaient en lettres d'or les noms des lieux où le sang belge avait coulé pour l'indépendance et la liberté de la patrie : Bruxelles, Liège, Berckem, Walhem, Lierre, Namur, Louvain, Venloo. Audessus, les bannières des neuf provinces, surmontées du drapeau national, alternaient avec des faisceaux d'armes, où la blouse du volontaire avait remplacé la cuirasse antique.
Les balcons et les fenêtres des hôtels qui entourent la place s'étaient transformés en amphithéâtres garnis de dames élégamment parées. Les toits mêmes, couverts de gradins, supportaient des milliers de spectateurs. Partout les trois couleurs de Septembre, mêlées aux attributs de la royauté constitutionnelle, se détachaient de masses de verdure.
Au moment où le roi, à cheval et en uniforme de général belge, parut à l'entrée de la place, le Congrès se leva, l'orchestre entonna la Brabançonne, les soldats présentèrent les armes, le canon retentit, et de la foule qui se pressait autour de la galerie, aux balcons, aux fenêtres, sur les toits, surgit le cri unanime de Vive le Roi! suivi de longues et chaleureuses acclamations.