CHAPITRE
Jteçu par une députation du Congrès, Léopold fut conduit au pied du trône. Le prince avait à sa droite le Régent, M. Raikem, vice-président du Congrès, MM. Liedts et H. deBrouckere, secrétaires ; àsa gauche, M. deGerlache, président, M. Destouvelles , vice-président, MM. Ch. Vilain XIIII et Nothomb, secrétaires. Les généraux et les ministres se placèrent derrière le fauteuil de Sa Majesté.
Le président du Congrès fait cesser les acclamations et déclare la séance ouverte. « Sire, » dit M. de Gerlache, « nous sommes réunis en ce moment pour recevoir le » serment que la constitution prescrit au roi de prêter •avant de prendre possession du trône. Avec la permission de Votre Majesté, j'accorderai d'abord la parole à »M. le Régent, qui doit déposer entre les mains du Con-* agrès les pouvoirs dont il est revêtu. »
Le baron Surlet de Chokier se lève pour rendre compte des actes de son administration. Passant en revue les faits accomplis sous la Régence, rappelant les obstacles qu'avait rencontrés l'organisation des services publics, racontant les incidents des négociations si heureusement terminées par l'arrivée du prince, le Régent termine son discours par un hommage chaleureux à l'esprit de sagesse et aux sentiments de modération qui avaient caractérisé le peuple belge dans les jours de crise qu'il venait de traverser.
Répondant au Régent, le président du Congrès se constitue l'organe de la reconnaissance de l'Assemblée et du peuple : «Avoir joui,» dit-il, « d'un grand pouvoir sans »en avoir abusé un seul instant, être toujours demeuré »le même dans les circonstances les plus critiques, c'est
»un fait tout simple pour celui qui connaît votre caractère, M. le Régent ; je me contente de répéter ici ce que »dit tout le monde. Un jour l'histoire racontera quel »rôle conciliateur vous avez rempli au milieu des opinions divergentes et des partis qui s'agitaient; elle »dira que l'Assemblée nationale, voulant concentrer dans »les mains d'un seul des pouvoirs jusque-là trop divisés, » chercha quelqu'un qui ne déplût à personne, qui eût •l'estime et la confiance de tous, et qui voulût se dévouer »pour le pays; et cet homme, ce fut vous, M. le Régent. » L'histoire dira qu'ayant exercé une partie de la prérogative royale pendant une révolution de cinq mois, cet » homme ne s'est aliéné aucun ami et ne s'est fait aucun » ennemi. C'est au nom du Congrès et de la nation que '»je vous remercie et que j'ose dire que vous avez rempli » notre attente dans les hautes fonctions que vous venez »de résigner dans les mains de cette Assemblée (1). »
Après ce discours, le comte Vilain XIIII, debout devant le roi, donne lecture de la Constitution du royaume; puis un autre secrétaire, M. Nothomb, présente au prince la formule du serment imposé au chef de l'Etat.
Un silence solennel se fait dans la foule. Le roi se lève
(1) Ces paroles furent chaleureusement applaudies, parce qu'elles exprimaient l'opinion unanime des auditeurs. Glissant sur les actes administratifs du Régent, pour s'arrêter aux qualités de son cœur, M. de Gerlache , tout en restant fidèle aux devoirs de l'amitié , se maintenait dans la ligne de la vérité historique. L'administration du baron Surlet avait été d'une faiblesse désespérante. Constamment au-dessous de sa tâche , le Régent avait fini par désespérer lui-même de l'avenir de la nationalité belge. Il appartenait à cette classe d'hommes pacifiques qui , placés au milieu de circonstances favorables , s'élèvent sous tous les régimes , parce qu'ils ne portent ombrage à personne ; mais le cceur était pur , et les intentions irréprochables.