CHAPITRE III
dénonçant la suspension d'armes aux membres de la Conférence.
Voyons si cette excuse est fondée.
Protestant contre les bases de séparation proposées par la Conférence, Guillaume I er déclara, le 12 juillet 1831, que le prince Léopold, s'il acceptait la souveraineté et prenait possession du trône, serait considéré comme placé par cela seul dans une attitude hostile, et comme un ennemi (1).
La menace était vague. Considérer comme son ennemi un prince placé à la tète d'un peuple en révolution, garder à l'égard de ce prince une attitude menaçante, dire qu'on n'accordera pas son amitié au chef du gouvernement belge, c'était manifester des intentions peu conciliantes, mais ce n'était pas dénoncer les h^tHités. Le dcoit des gens exige des déclarations explicites; il ne se contente pas de locutions équivoques, de menaces indécises.
Les membres de la Conférence, il est vrai, conçurent des soupçons et voulurent les dissiper. Le 25 juillet, ils engagèrent le gouvernement des Pays-Bas à munir ses représentants des pouvoirs nécessaires pour discuter et signer un traité définitif. Un paragraphe du message de la Conférence, destiné à répondre à la protestation du 12 juillet, doit spécialement fixer l'attention. « Nous nous •flattons,» disaient les plénipotentiaires, «que le roi, toujours ami de la paix, ne repoussera pas ce moyen d'en •assurer le bienfait à ses peuples et à l'Europe. L'espoir »que nous donnent, sous ce rapport, les dispositions de »Sa Majesté, s'accorde d'autant mieux avec celles des cinq
(1) Lettre du baron Vcrstolk de Soelcn à la Conférence de Londres (Huytteni, loc. cit., T. IV, p. 288).
80 août 1881.
•cours que, garantes de la suspension d'armes qui a eu »lieu dès le mois de novembre, les cours sont tenues, par »des engagements solennels qui subsistent dans toute »leur force, de prévenir une reprise d'hostilités (1). »
Le gouvernement de La Haye ne tarda pas à répondre à cette invitation. Le 1 er août, le ministre des affaires étrangères (M. Verstolk de Soelen) annonça à la Conférence que les instructions et les pouvoirs nécessaires avaient été envoyés aux plénipotentiaires des Pays-Bas à Londres. La dépêche de M. Verstolk arriva le 3 août : la veille les hostilités avaient été reprises sur toute la ligne, depuis Maestricht jusqu'à la Zélande !
On avait recommencé la guerre, au moment où l'on manifestait à la Conférence l'intention de négocier un traité de paix définitif !
Est-ce là ce qu'on appelle dénoncer une suspension d'armes?
La note de M. Verstolk renfermait, à la vérité, quelques phrases à double entente. « Selon les intentions du roi,» disait le ministre, « je me trouve dans le cas d'ajouter »que Sa Majesté s'est déterminée à appuyer la négociation » par des moyens militaires; détermination devenue doublement impérieuse depuis les derniers événements qui •-viennent de se passer en Belgique, où l'on a vu un » prince se mettre en possession de la souveraineté... et » jurer sans restriction une constitution dérogeant aux •droits territoriaux de S. M. et de la Hollande.» — Mais était-il possible de voir dans ces lignes l'annonce d'un recours immédiat aux armes? Ne fallait-il pas, au con-
(I) Paper* relative to the affaire of Belaiwm, A, 1" partie, p. 77. — Huyltens,T. IV, p. 296.