CHAPITRE III
traire, les interpréter en ce sens que le roi allait augmenter ses armements pour donner un nouvel appui aux démarches de ses négociateurs à Londres? N'oublions pas d'ailleurs que, le jour où M. Verstolk rédigeait sa note, l'ordre de reprendre l'offensive était déjà transmis aux chefs de l'armée hollandaise.
La reprise des hostilités avait été si peu dénoncée à la Conférence que celle-ci, de son propre aveu, apprit la levée de boucliers par la voie des journaux.
A quelque point de vue qu'on se place, la reprise des hostilités et l'invasion de la Belgique, sans déclaration préalable, constitue une violation manifeste des principes du droit des gens, une surprise indigne des glorieux antécédents de la Hollande (1).
(1) Déjà avant la protestation du 12 juillet , les plénipotentiaires hollandais avaient plus d'une fois parlé d'un recours aux armes , mais toujours en termes voilés et même de manière à faire supposer que le cabinet de La Haye ne voulait envahir que le territoire qui lui avait été assigné par la Conférence. Dans une note du 21 mai , ils déclarent qu'à partir du 1 er juin, la Hollande se regardera comme libre d'agir de la manière que les circonstances lui paraîtront exiger , mais toujours dans le seul et unique but de parvenir à l'ordre de choses que l'acte de séparation a reconnu juste il convenable. Dans une note du 10 juin , la même pensée se manifeste avec plus de précision. Les plénipotentiaires hollandais s'y expriment de la manière suivante : .... « Les Belges ayant
•laissé passer le terme du 1 er juin, le roi est parfaitement libre
»de recourir aux mesures nécessaires pour rétablir son autorité légi- »time à Venloo, par exemple, et dans tout autre district lui apparte-
»nant et Situé HORS DU TERRITOIRE BELGE, DÉCLARÉ NEUTRE. »{Paper8
relative to the affairs of Belgium, B, l re partie, n° 16). — Ces menaces ne concernaient donc pas le territoire belge proprement dit; elles n'avaient en vue que le territoire assigné à la Hollande par les protocoles de la Conférence et encore occupé par nos troupes ; bien plus, la note du 10 juin reconnaît expressément la neutralité , l'inviolabilité du territoire assigné à la Belgique. D'ailleurs, en fût-il autrement, encore eût-il fallu dénoncer la reprise des hostilités en termes explicites. Dire qu'on se croit en droit de recourir aux armes, ce n'est pas faire une déclaration de guerre.
82 août 1831.
Un autre problème historique a donné lieu à de longues dissertations.
On s'est demandé si l'invasion de la Belgique, après l'élection du prince de Saxe-Cobourg, n'était pas un acte de démence, même au point de vue de la politique hollandaise.
Quelles pouvaient être les conséquences de cet appel aux armes?
Avant l'acceptation des dix-huit articles (1), la défaite de l'armée belge eût entraîné, sinon la restauration pure et simple, au moins la restauration avec une séparation administrative et la vice-royauté du prince d'Orange. Au contraire, après l'arrivée du roi Léopold, l'invasion de nos provinces était la guerre avec l'Angleterre et la France. On peut admettre que les sympathies de l'Autriche et de la Prusse, même après l'acceptation des dixhuit articles, restaient acquises au monarque hollandais ; mais on avouera aussi que ces sympathies ne suffisaient pas pour pousser ces puissances dans les hasards d'une guerre générale. La Pologne n'était pas encore domptée, l'Italie frémissait sous le joug, le génie de la révolution n'était pas irrévocablement vaincu en Allemagne. Si Guillaume I er avait l'espoir d'amener une conflagration européenne, ses vœux étaient bien téméraires.
S'il faut ajouter foi au comte Van der Duyn de Maasdam, alors gouverneur de La Haye, la Russie seule était prête à fouler aux pieds les engagements contractés par ses plénipotentiaires de Londres. Dans une note écrite pendant la campagne du mois d'août, M. Van der Duyn
(1) V. ci-après le chapitre V.