‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 47 sur 155 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

*et en ne formant qu'un cœur à toute la nation. »7° Enfin, tracer avec la pointe de l'épée les limites des •vieilles provinces unies, sans y être inquiété sans cesse »par un voisin turbulent et jaloux. » Quelques pages plus loin, Fhistoricn ajoute : « Souvenirs des vieux » temps! vous êtes sortis de la tombe, car les froids » calculs du siècle n'auraient pas suffi pour animer tant »de cœurs généreux! Souvenirs des vieux temps! c'est à •vous que la Hollande doit sa gloire nouvelle! Le peuple »qui s'illustre et s'honore travaille pour la postérité (1).» Tels étaient en effet les sentiments qui, dès le début de la campagne, s'étaient manifestés dans toutes les classes de la nation hollandaise.

Le S août, au moment où le prince d'Orange établissait son quartier-général à Gheel, M. Verstolk de Soelen lut à la tribune des Etats-Généraux un exposé des motifs qui avaient déterminé le gouvernement à reprendre les hostilités. Le ministre ne dissimulait pas les dangers de l'entreprise ; il avouait que l'Europe, fortement ébranlée, n'avait d'autre principe que le maintien de la paix générale, et ne trouverait aucune condition trop onéreuse pour la Hollande , pourvu qu'elle conduisît à ce but; mais il ajouta, au milieu des applaudissements unanimes de l'Assemblée : « S'il arrivait que le sang de »nos braves fût répandu sans fruit ; s'il arrivait même »que le trône et la patrie fussent ébranlés dans leurs • fondements, la conscience de n'avoir baissé l'étendard »du Lion que devant une force majeure dirait à l'Europe » impartiale et à la juste postérité, que nous fûmes un

(I) Durant , Dix jours de campagne ou la Hollande en 1831, p. 193 et 201.

86 août 1831.

» peuple uni avec son roi, obéissant aux lois, fidèle au sol •qui Ta vu naître et, dans sa chute même, digne du res- •pect du monde.»

Accueillant ces paroles avec enthousiasme, les deux chambres des Etats-Généraux ne restèrent pas en arrière. Une députation commune fut chargée de porter au roi une adresse votée à l'unanimité des suffrages. Les lignes suivantes suffiront pour signaler les tendances de ce document parlementaire :« Après une épreuve prolongée •de longanimité, le glaive est enfin tiré. Au premier » signal donné par Votre Majesté, une armée, rassemblée •avec des efforts soutenus de zèle et de constance, et » composée de l'élite des citoyens de tout rang et de toute » condition, a marché avec un enthousiasme exemplaire •au-devant de l'ennemi, sous les auspices du noble héros •dont le sang a déjà coulé pour la patrie.... La nation •s'identifie avec son gouvernement. Elle prouve ainsi •qu'aujourd'hui comme autrefois elle est prête à sacrifier • sa vie et ses biens à la conservation de son honneur et •de son indépendance, et qu'elle préfère tout risquer dans •ces circonstances extrêmes plutôt que de subir volontairement le joug de conditions déshonorantes (1). •

L'enthousiasme ne connut plus de bornes lorsque les

{{) Recueil de pièces diplomatiques, publié à La Haye , T. I , p. 271 -282. — Depuis la réorganisation de Tannée , la guerre était populaire en Hollande. Quelques mois avant l'invasion, un journal belge, entretenant ses lecteurs des résistances que le cabinet de La Haye rencontrait au sein des Etats-Généraux , avait dit que les projets de Guillaume trouveraient un obstacle dans le courage et les lumières de M. Van Dam van Ysselt. Pour toute réponse, le membre désigné leva un bataillon de tirailleurs, se mit à leur tête et écrivit au Journal de La Haye : « Je leur répondrai sur le champ de bataille. » Gc fait seul suffit pour marquer lajendance de l'opinion publique.

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