‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 48 sur 155 · CHAPITRE HT · texte numérisé non relu

CHAPITRE HT

salves de l'artillerie annoncèrent la déroute de l'armée de Daine. On voyait déjà les troupes hollandaises aux portes de la capitale. On fixait le jour où les Belges seraient heureux de se jeter aux pieds du prince d'Orange. Maint patriote se promettait le bonheur de saluer bientôt la bannière des Nassau au fronton des palais de Bruxelles.

Malheureusement cette joie patriotique fut de courte durée. Le 8 août, à trois heures de l'après-midi, le comte de Larochefoucauld notifia à M. Verstolk de Soelen l'intervention de la France. Le comte remit au ministre une lettre du général Sébastiani, annonçant que les Hollandais auraient à combattre une armée française, s'ils ne se retiraient immédiatement derrière la ligne d'armistice fixée par la Conférence de Londres. On connaît les suites de cette notification.

Ce fut le ii août que les deux chambres des Etats- Généraux reçurent officiellement communication de l'ordre qui prescrivait au prince d'Orange de reprendre le chemin du Brabant septentrional. Montant à la tribune, le ministre des affaires étrangères déclara que toutes les chances avaient été pesées avant la reprise des hostilités, que l'intervention de la France avait été prévue, que cette prévision s'était réalisée et que les troupes allaient reprendre leurs cantonnements à la frontière. La fin du discours était en harmonie avec l'exaltation patriotique des auditeurs. « Nonobstant ce résultat,» s'écriait M. Verstolk , « l'histoire et l'impartiale postérité » témoigneront, qu'au milieu de l'Europe paralysée la Hollande, s'unissant d'un accord unanime au chef de l'Etat, »a su maintenir sa vieille gloire et n'a jamais hésité à se «montrer libre dans son langage, libre dans ses actes ;

»que, dans les circonstances les plus difficiles où jamais »Etat se soit trouvé, elle a entrepris Tune des plus •grandes actions que mentionnent les annales de l'his- »toire, et qu'en peu de jours elle a su forcer une autre » nation, possédant une population double de la sienne el »qui avait osé calomnier le courage de ses guerriers, à » abandonner tout espoir de se sauver par ses propres » forces (1). »

Cette exaltation de pensée et de langage n'était pas entièrement dépourvue de fondement. Au point de vue de la justice et du droit des gens, l'invasion de la Belgique, sans dénonciation préalable de la suspension d'armes, est un acte blâmable ; mais les résultais de l'agression furent incontestablement avantageux à la Hollande. La défaite de Daine et le combat de Louvain firent oublier les honteuses déroutes de Bruxelles, de Walhem et deBerchem. La campagne de 1831 rétablit l'honneur des armes hollandaises; elle ranima le courage de la nation et de l'armée ; elle resserra les liens qui les unissaient à la dynastie d'Orange s Tout en blâmant une agression brutale, les nations étrangères cessèrent de parler avec mépris de ce peuple de deux millions d'âmes qui, malgré les menaces de la diplomatie, avait osé envahir un territoire dont l'indépendance et la neutralité étaient garanties par la Conférence de Londres.

Le retour de l'armée devint pour la Hollande le signal d'une longue série de démonstrations patriotiques. Des croix de bronze, faites du métal d'une partie de

(l) Recueil de pièces diplomatiques , T. I, p. 294.

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