CHAPITRE III
l'artillerie prise à l'armée de Daine, furent remises à tous ceux qui, sur terre ou sur mer, avaient pris part aux opérations militaires dirigées contre la Belgique. Des centaines de nominations et de promotions eurent lieu dans les Ordres de Guillaume et du Lion néerlandais. Le prince d'Orange, promu au grade de feld-maréchal, reçut en don deux bouches à feu conquises à Wimmertingen. De toutes parts des adresses de félicitation arrivèrent au gouvernement et aux troupes. Les dames elles-mêmes firent frapper des médailles commémoratives(l).
Une popularité bruyante fut désormais le lot du prince héréditaire. Sa condescendance envers les Belges, ses proclamations d'Anvers, son exil volontaire de Londres, la disgrâce dont l'avait frappé le roi son père, tous les griefs éphémères ou fondés disparurent comme par enchantement. On ne voyait plus en lui que le héros de Waterloo et le vainqueur de l'armée révolutionnaire.
Allant au devant des vœux des habitants, la régence de La Haye avait décrété que le retour de l'héritier du trône ferait l'objet d'une ovation populaire. La fête eut lieu le 23 août. Aussitôt que la voiture où se trouvaient le prince et ses enfants parut à l'entrée de la ville, le peuple détela les chevaux et entraîna le carosse sous une véritable voûte de guirlandes et de draperies flottantes , où l'étendard orange figurait partout à côté de la ban-
(1) Dans son excellente Histoire numismatique de la révolution belge, M. Guiolh a décrit ces médailles. La plus curieuse est incontestablement celle qui a été exécutée aux frais des dames de Leyde. Au revers on lit, dans une couronne tressée de roses : Hulde van Leydsche jonkvrouwen aan vanderlandsliefde en heldenmoed. 1830-1851.
V. à V Appendice l'arrête royal concernant la croix de bronze (I. H.).
90 août 1831.
nière tricolore de la république batave. La garde communale de La Haye, qui devait servir d'escorte, voulut en vain maintenir l'ordre tracé par le programme officiel ; elle disparut dans les flots des spectateurs. Profondément ému , le visage baigné de larmes, le prince prodiguait des signes de gratitude au peuple qui remplissait les rues, aux groupes dispersés de la milice citoyenne, aux dames qui garnissaient les fenêtres et mêlaient leurs acclamations à celles de leurs concitoyens. Jamais le cri national d'Oranje boven ! n'avait été poussé avee un enthousiasme plus unanime.
Du haut du balcon du palais, Guillaume I er contemplait cette scène émouvante, et bientôt il vit son fils littéralement porté au vestibule de la demeure royale-.* S'arrachant alors aux démonstrations populaires , le prince gravit l'escalier et se jette dans les bras de son père ; mais la foule les appelle à grands cris, et la famille royale tout entière, groupée au balcon du palais, vient recevoir sa part des acclamations nationales.
A Amsterdam, où la famille royale s'était rendue à la prière de l'administration communale, on vit le même enthousiasme et les mêmes fêtes. Là aussi le prince héréditaire put se convaincre qu'il avait définitivement reconquis les sympathies populaires.
L'armée eut son tour. Le 29 août, le roi, accompagné de tous les membres de sa famille, se rendit à la bruyère de Woensel , où il passa en revue un corps de 34,000 hommes, composé des 2 e et 3 e divisions, de la division de réserve, de l'artillerie et de la cavalerie légère. Le lendemain, dans les bruyères de Gilze, la première division, deux régiments de cuirassiers, un régiment de