CHAPITRE I. i
et dit d'une voix haute et ferme : « Je jure d'obâerver la • Constitution et les lois du peuple belge; de maintenir » l'indépendance nationale et l'intégrité du territoire. »
En ce moment l'enthousiasme des assistants ne connaît plus de bornes. Tous les spectateurs sont debout, tous les bras se lèvent, toutes les mains applaudissent. Des bancs du Congrès, de la place, des toits, des rues voisines, s'élève un formidable cri de Vive le Roi; et pendant que le prince signe le procès-verbal de son inauguration et que les fauteuils qui masquent le trône disparaissent, les détonations de l'artillerie annoncent au loin que la Belgique a désormais une dynastie nationale.
Profondément ému, M. deGerlache se tourne vers le roi et lui dit d'une voix solennelle : « Sire, montez au trône ! »
Le bureau du Congrès, les ministres et les généraux se rangent des deux côtés du trône, qui reste ainsi à découvert. Léopoîd, debout sur l'estrade supérieure et ayant au-dessous de lui le Régent, réclame le silence d'un signe de la main et prononce le discours suivant, manifestation solennelle de ses sentiments et de ses vœux, programme politique de son règne auquel il est resté constamment fidèle :
« Messieurs ,
» L'acte solennel qui vient de s'accomplir achève l'édi- »fice social commencé par le patriotisme de la nation et »de ses représentants. L'Etat est définitivement constitué » sous les formes prescrites par la Constitution même.
• Cette Constitution émane entièrement de vous, et «cette circonstance, due à la position où s'est trouvé le
• pays, me parait heureuse. Elle a éloigné des collisions
• qui pourraient s'élever entre divers pouvoirs et altérer » l'harmonie qui doit régner entre eux.
•La promptitude avec laquelle je me suis rendu sur le »sol belge a dû vous convaincre que, fidèle à ma parole, •je n'ai attendu, pour venir au milieu de vous, que de •voir écarter par vous-mêmes les obstacles qui s'oppo-
• sarent à mon avènement au trône.
•Les considérations diverses exposées dans l'imporétante discussion qui a amené ce résultat feront l'objet •de ma plus vive sollicitude.
» J'ai reçu, dès mon entrée sur le sol belge, les témoignages d'une touchante bienveillance. J'en suis encore » aussi ému que reconnaissant.
•À l'aspect de ces populations, ratifiant par leurs acclimations l'acte de la représentation nationale, j'ai pu me
• convaincre que j'étais appelé par le vœu du pays, et j'ai •compris tout ce qu'un tel accueil m'impose de devoirs.
•Belge par votre adoption, je me ferai aussi une loi de
• l'être toujours par ma politique.
•J'ai été également accueilli par une extrême bienveillance dans la partie du territoire français que j'ai
• traversée, et j'ai cru voir dans ces démonstrations,
• auxquelles j'attache un haut prix, le présage heureux
• de relations de confiance et d'amitié qui doivent exister
• entre les deux pays.
• Le résultat de toute commotion politique est de » froisser momentanément les intérêts matériels. Je com- » prends trop bien leur importance pour ne pas m'atta- •cher immédiatement à concourir, par la plus active
• sollicitude, à relever le commerce et l'industrie, ces