CHAPITRE III
là même son ardeur chevaleresque trouva des obstacles dans la lenteur timide de ses généraux* On s'avançait au pas ordinaire, là où il eût fallu s'élancer au pas de course.
Ces réflexions rétrospectives n'ont pas pour but de faire surgir des récriminations entre deux peuples qu'unissent aujourd'hui des intérêts réciproques et qui peut-être, à une époque peu éloignée, seront appelés à défendre leur indépendance sur les mêmes champs de bataille. Nous avons raconté avec impartialité la défaite de l'armée belge. Cette impartialité même nous fait un devoir de protester contre des exagérations destinées à exalter les exploits de l'une des deux nations au détriment de l'autre. N'oublions pas que l'invasion fut une surprise et que tous les éléments d'une résistance sérieuse manquaient aux Belges.
Quoi qu'il en soit, l'armée hollandaise resta cantonnée dans le Brabant septentrional, prête à reprendre l'offensive au premier symptôme de désunion entre les puissances. Mais la Conférence de Londres, cette fois parfaitement unie, eut soin de parer à toutes les éventualités. ^
Le 29 août, un armistice de six semaines fut conclu par la médiation et sous la garantie des cinq Cours. Le 10 octobre, cet armistice fut prolongé jusqu'au 25 du même mois (1).
Peu de temps avant l'expiration de ce délai, la Conférence fit un nouvel effort. Sir Bagot, ambassadeur d'An-
(1) Protocoles n M 34 et 47. Recueil de pièces diplomatiques, publié à La Haye , T. I , p. 298, et T. II , p. 80. — Le if septembre , les plénipotentiaires belges et hollandais avaient consenti à l'échange des prisonniers de guerre.
94 août 1831.
gleterre à la Haye, reçut de lord Palmerston l'ordre de proposer une nouvelle suspension d'armes à M. Verstolk de Soelen. Celui-ci répondit avec hauteur : « Les puis- »sances sont libres de s'armer contre les mesures du »roi quand il en adoptera, et également libres de s'armer » contre son silence. Le roi n'est pas obligé de faire connaître d'avance ses intentions, et lors même qu'il y » serait obligé, il pourrait survenir dans les temps actuels » beaucoup de circonstances qui changeraient les intentions dont Sa Majesté aurait fait part. »
La Conférence répondit à son tour en invitant le gouvernement anglais à envoyer une flotte sur les côtes de la Hollande, avec ordre de prendre au besoin les mesures propres à amener une prompte cessation d'hostilités. Les plénipotentiaires des cinq puissances convinrent en outre que, si cette première mesure était insuffisante, ils arrêteraient immédiatement le choix des moyens nécessaires (1).
(1) Protocole n° 50. Ibid. , p. III. — La dépêche de sir Bagot, renfermant son entretien avec M. Verstolk de Soelen, se trouve rapportée aux Papere relative to the affaire of Belgium, A, p. 151. Elle est datée du 21 octobre 1831. Voici le passage que nous avons traduit : « M. de «Verstolk replied, that that was a question entirely for the considération »of those Powers ; that they were free to arm themselves against the »King's measures, when he should take them, and equally free , if they «should think propre , to arm themselves against his silence ; that His «Majesty was in noway bound to give notice of what might be his «intentions , when the amistice should hâve expired; and that, even if «lie was , much might arise, at any hour, in a teine like the présent, to «change those intentions. »