CHAPITRE IV
LA BELGIQUE APRÈS L'IHVASIOH. - CAUSES DE NOS DÉSASTRES. (Octobre 1830 — Août 1831. )
L'opinion publique après la retraite de l'armée hollandaise. — L'accusation de trahison est sur toutes les lèvres. — Faits personnels à Daine. — L'armée de la Meuse après là déroute de Wimmertingen. — Symptômes de révolte militaire. — Le commandement est offert au colonel L'Olivier. — Incident grave à Tongrcs. — Arrivée de l'armée de la Meuse à Liège. — Daine se démet du commandement. — Coup d'œil rétrospectif. — Rapports de Daine avec le département de la guerre. — Il réclame en vain des officiers d'état-major. — Ses plaintes -réitérées au sujet de l'organisation de l'intendance et de l'envoi du matériel de campagne. —Dès le 9 avril 1831 , il demande l'autorisation •de taire -camper ses troupes. — L'insuffisance numérique de l'armée •de la Meuse n'est pas imputable à Daine, — Explication de la conduite du général après le combat de Houfhalen. — Daine n'a pas trahi sa ■patrie en 1831.— Examen des griefs imputés au département de la çuerre. — Coup d'œil rétrospectif. — Organisation du département de la guerre sous le gouvernement des Pays-Bas. — Les connaissances et les documents les plus indispensables manquent aux administrateurs du gouvernement provisoire. — Obstacles que rencontre l'organisation des forces défensives de la nation. — Les volontaires. — L'armée régulière. —Les armes font défaut.— Les officiers manquent. — Les vicissitudes du portefeuille de la guerre en 1831. — Conduite imprudente de quelques membres du Congrès national. — Les journaux et la tribune. — Parcimonie du Congrès dans le vote des subsides pour l'armée. — Le budget de la guerre de 1831. — Propositions étranges. — Attitude irréfléchie et hostile de la presse. — Les actes du ministère de la guerre. — Administration de M. Joly. — Ministère du général Goblet. — Ministère du comte d'Hane de Steenhuysen. — Ministère du baron de Failly. — Effectif de l'armée au moment de l'invasion hollandaise. — La vérité sur les actes du département de la guerre. — Faiblesse relative des ministres ; symptômes de désorganisation et d'anarchie qui en sont la conséquence. —
Les décisions du Congrès national au sujet de l'admission des officiers étrangers restent sans exécution. — Intervention malencontreuse de Y Association patriotique. — La garde civique au moment de la reprise des hostilités. — Aperçu général. — La trahison a-t-ellc été étrangère à nos désastres ?
Pendant que la Hollande célébrait sa victoire, mille cris d'indignation s'élevaient en Belgique contre l'administration de la guerre, le baron de Failly et le général Daine. On ne se contentait pas de proférer de vagues imputations d'ignorance, de négligence et de lâcheté : l'accusation de trahison était sur toutes les lèvres.
Nous nous occuperons d'abord des accusations dirigées contre Daine. Les faits relatifs à l'armée de la Meuse étant écartés du débat, il nous sera plus facile d'apprécier la marche générale des événements qui amenèrent la capitulation de Louvain.
C'est au sein même de l'armée de Daine que l'accusation de trahison prit naissance. Déjà le 7 août, pendant la marche de Houthalen sur Kermpt, les soldats murmuraient de ce qu'ils appelaient un mouvement rétrograde. Le lendemain, l'irritation s'accrut; elle gagna même les officiers, pendant la marche , cette fois décidément rétrograde, de Kermpt sur Tongres et Liège. La méfiance était telle que le colonel du 11 e régiment d'infanterie prétexta une indisposition subite pour avoir l'occasion de se rendre auprès du roi, afin de lui faire part de la situation de l'armée de la Meuse ; mais la résistance de Daine fit échouer ce projet (1).
Après la déroute de Wimmertingen, les actes remplacèrent les murmures. L'indignation des chefs fit explo-
[{) Réponse du colonel L'Olivier au Mémoire du général Daine, p. 4.