CHAPITRE ÏV
sion, la déchéance du général fut ouvertement proposée. Pendant la halte de Cortessem, des officiers de toutes armes se rendirent auprès du colonel L'Olivier pour l'engager à prendre le commandement de l'armée. Si cet officier supérieur avait agréé la proposition, la sûreté personnelle de Daine eût été sérieusement compromise ; mais le colonel connaissait trop bien ses devoirs pour adhérer à un acte de révolte. Grâce à son refus, le général conserva le commandement des débris de ses bataillons dans leur marche sur Tongres (1).
Un fait grave, qui devint l'objet d'une procédure criminelle, se passa dans celte ville.
Daine s'était proposé de prendre position à Tongres, pour se diriger le lendemain vers l'armée de l'Escaut par St-Trond, Tirlemont et Louvain. Il comptait y trouver le colonel Weusten avec le 1 er régiment de chasseurs à pied et une section d'artillerie. Malheureusement le colonel, induit en erreur par des rapports exagérés, s'était dirigé sur Liège avec ses troupes , la garde civique et quatorze pièces de canon (2),
(!) Réponse du colonel L'Olivier au Mémoire du général Daine, p. 5.
(2) Ce départ du colonel Weusten fut vivement critiqué.— M. Ch. Behr, folonol commandant la garde civique mobile de Liège , fit insérer dans les journaux une justification où nous lisons : « Les officiers supérieurs en garnison à Tongres apprirent de la bouche des plus hauts fonction naires de Hassclt , ainsi que par quelques émissaires envoyés par eux , que le général commandant l'armée de la Meuse avait reçu l'ordre positif de marcher sur Diest; ils apprirent aussi que les Hollandais s'étaient montrés à Hasselt , St-Trond et Oreye ; or, la garnison de Maestricht faisant journellement des sorties au nombre de 2 à 5,000 hommes avec une douzaine de pièces de canon , et le général commandant l'armée de la Meuse marchant en avant et laissant l'armée hollandaise entre lui-même et Tongres , il devenait évident que cette dernière ville se trouvait presque entièrement enveloppée, et qu'elle n'était plus un point d'appui, mais bien un point isolé et perdu. —La garnison de
Trompé dans son attente et découragé par cette nouvelle déception, Daine donne à son tour l'ordre de prendre le chemin de Liège. Aussitôt, les cris à la trahison recommencent, des menaces se font entendre, les derniers liens de la discipline se brisent. Les habitants, qu'effraie le voisinage de Maestricht, joignent énergiquement leurs réclamations à celles des soldats. Un grand nombre d'officiers renouvellent auprès du colonel L'Olivier les démarches qu'il avait déjà repoussées à Cortessem.
Tout à coup un sous-officier de cavalerie, dont le courage avait été remarqué de l'armée, saisit un pistolet et se dirige en courant vers l'hôtel où Daine s'était retiré. Que se passa-t-il entre cet homme et son général ? Les débats du conseil de guerre n'ont pas complètement éclairci la question. Toujours est-il qu'une lutte s'engagea, que l'amorce du pistolet prit feu et qu'un officier, accouru aux cris du général, dut tirer son sabre pour séparer les combattants (1).
Tongres était forte de 800 chasseurs bien disciplinés et de 4,200 gardes civiques qui ignoraient complètement le maniement des armes ainsi que le métier de la guerre ; ajoutez à cela un peu d'artillerie et de cavalerie. En cas qu'on eût voulu se défendre dans Tongres , il ne restait dans cette petite ville que des vivres pour deux jours, et tous les environs étaient épuisés ; il fallut donc opter entre cette défense de deux jours et uie retraite honorable. Un seul chemin nous était encore ouvert : c'était celui de Liège; mais les Hollandais étant à Oreyc , ils pouvaient en quelques heures se transporter sur les hauteurs de Frère et nous le couper. Les officiers de la garnison crurent qu'il était trop important de couvrir la ville de Liège pour hésiter un seul instant ; ils sortiront de Tongres vers les 7 heures du matin et arrivèrent sur le glacis de la citadelle vers une heure. Tout le monde sait le reste , et l'on ne pouvait alors prévoir les événements malheureux qui ramonèrent l'armée de la Meuse à Tongres et à Liège. » (Voyez Y Emancipation du 30 août 1831).
Les détails que nous avons fournis suffiront pour faire apprécier ces explications.
(!) Voy. à YJLppendice (L. I.) l'issue du procès et la relation du Courrier de la Meuse.