‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 54 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Il était huit heures du soir lorsque les troupes, après ce triste épisode, se dirigèrent vers Liège.

Ici la position de Daine devint intolérable.

A peine arrivé, il avait convoqué en conseil tous les officiers supérieurs de l'armée de la Meuse. Ce conseil, réuni dans ses appartements, nomma pour président le colonel L'Olivier, au mépris des lois et des usages militaires qui attribuent cet honneur au commandant en chef. C'était une véritable déchéance, proclamée par les représentants des troupes (1).

Informé de ce fait et concevant des craintes légitimes, le gouverneur de la province (M. Tielemans) fit comprendre au général que la sécurité de sa personne, le maintien de l'ordre, la défense de la ville et le salut de l'armée exigeaient que le commandement fût confié à d'autres mains. M. Tielemans lui dit franchement que des conspirations s'organisaient, que les soldats proféraient des menaces, que des accusations de trahison trouvaient de l'écho dans les classes inférieures. Abreuvé d'humiliations, inquiet de l'avenir, succombant sous le poids d'une responsabilité au-dessus de ses forces, Daine finit par remettre au gouverneur une lettre invitant le général Goethals à venir se placer à la tête de l'armée de la Meuse. Après cinquante-six années d'honorables services, le vieux soldat se voyait honteusement privé des fonctions que le gouvernement de sa patrie lui avait confiées (2)!

(1) Le colonel L'Olivier avoue le fait; mais il affirme que le conseil

avait vainement attendu le général [Réponse au Mémoire de Daine, p. 5).

(?) M. Tielemans annonça ce fait dans une proclamation du 9 août.

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Ce sort était-il mérité? Daine avait-il réellement un crime de trahison à se reprocher ?

Après un examen minutieux des faits, nous n'hésitons pas à répondre négativement.

Daine a été au-dessous de sa tâche, il a commis de déplorables erreurs, il a désobéi au roi ; mais tous ces faits s'expliquent aisément sans qu'on ait besoin de recourir à la trahison.

Débutant comme tambour, montant de grade en grade, colonel à la fin de l'Empire, général de brigade sous le gouvernement des Pays-Bas, Daine ne connaissait de l'art militaire que les détails matériels du service. Le premier devoir du gouvernement était de lui adjoindre un étatmajor complet et une intendance convenablement organisée. Rien ne fut fait; on laissa le général dans un isolement à peu près absolu: et cependant sa correspondance officielle atteste que, depuis son arrivée à l'armée de la Meuse, il n'avait cessé de faire entendre d'énergiques protestations.

Le 12 juin, — et ce n'était pas la première fois, — Daine demande avec instance un chef d'état-major, des officiers d'état-major instruits et trois généraux de brigade pour commander ses trois brigades d'infanterie ; dans la même lettre il indique le général Duvivier pour commander la cavalerie.

La demande n'avait rien d'exorbitant; le ministre de la guerre était en mesure d'y satisfaire, puisque vingtquatre généraux figuraient dans nos cadres.

Ne recevant pas de réponse, Daine se rend à Bruxelles et renouvelle sa demande dans les bureaux du ministère

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