CHAPITRE IV
l'invasion, on transmit à l'armée de la Meuse l'ordre de camper, dès le 1 er août suivant, dans les bruyères de Mechelen (1).
Ces dates doivent fixer l'attention. Le 9 avril, Daine demande l'autorisation de faire camper ses troupes. Cette autorisation ne lui parvient que le 20 juillet, après trois mois et demi d'attente; et, chose plus étrange encore, on ne lui laisse que dix jours pour faire les préparatifs nécessaires. Le 1 er août, les travaux de campement devaient être terminés !
Qu'on le remarque bien : lorsque Daine reçut cet ordre, l'organisation de l'armée de la Meuse était loin d'être complète. Il n'y avait ni entreprise de vivres, ni moyens de transport, ni administration de subsistances. Pas une baraque , pas un four, pas un puits ne se trouvait dans les bruyères où le camp devait être établi. Les magasins ne renfermaient aucun des objets nécessaires à la préparation des aliments du soldat. Les fourrages ^ la paille même, faisaient défaut dans la province de Limbourg, épuisée par le séjour prolongé des troupes. Et cependant l'ordre de camper, donné le 19 juillet et reçu le 20, devait être exécuté le 1 CP août!
Daine se mit néanmoins en mesure d'obéir. Immédiatement après la réception de Tordre, il répondit qu'il allait presser les préparatifs de campement de l'armée; mais , en ce qui concernait la place assignée par le ministre, il disait dans sa lettre : « Quant à l'emplacement >du camp, je conserverai celui que j'ai choisi et dont je •vous ai parlé dans ma lettre du 18 juin (le plateau de
(1) Mémoire au Roi, p. 64.
»Zonhoven). Cet emplacement est sans doute le plus » favorable, tant sous le rapport stratégique que pou? » rester en communication avec le corps du général »Tieken (1). »
Nous avons vu que la position de Zonhoven était ellemême susceptible de critique; mais, quelle que soit l'opinion qu'on se forme à ce sujet, il est impossible de ne pas préférer l'emplacement choisi par Daine aux bruyères désignées par le ministre. Aussi le baron de Failly ne fit-il aucune observation en réponse à la lettre du général, et celui-ci, prenant ce silence pour un assentiment, s'empressa d'agir en conséquence. La concentration des troupes se fit donc dans la direction de Zonhoven ; elles étaient campées en avant de ce village lorsque, le 6 août, elles aperçurent la division hollandaise de Cort-Heiligers. Nos soldats, il est vrai, y subirent les effets d'une véritable disette de comestibles. Le jour même du combat de Houthalen, on ne distribua qu'un pain pour cinq hommes; mais ce fait, qui atteste l'imprévoyance du département de la guerre, ne saurait être imputé à crime au général. Sa correspondance officielle prouve que, malgré ses instances, le chef de l'intendance n'était pas encore au quartier-général dans la nuit du 4 août (2).
Si Daine a sollicité, dès le 9 avril, l'autorisation de faire camper l'armée de la Meuse, les reproches qui lui ont été adressés à ce sujet doivent donc remonter plus haut pour trouver des coupables.
(1) Lettre du 20 juillet , Mémoire au /toi , p. 38.
(2) Mémoire au Roi, p. 49»