CHAPITRE IV
Il en est de même du grief relatif à l'insuffisance numérique de l'armée.
Le 31 mars 1831, Daine écrit au ministre de la guerre : € J'ai fait, ainsi que le prouve mon registre de corres- •pondance, maintes demandes. pour avoir encore deux •batteries et pour que les pièces non attelées le soient.
• Tous les inconvénients qui peuvent résulter de devoir
• atteler aux pièces des chevaux de paysans ont été mentionnés...; mais, sauf les promesses, je n'ai rien obtenu •jusqu'ici. Trois batteries ont été successivement mises •à ma disposition, et chacune a ensuite reçu une autre •destination, l'une pour Gand et les deux autres pour •Anvers. Les deux bataillons du 3 e régiment qui m'é-
• taient destinés ont été dirigés sur Bruxelles, pour remplacer le 3 e bataillon du 10 e régiment envoyé d'après •vos ordres à Gand. En remplacement, on devait m'en- •voyer deux bataillons du 7* régiment; mais rien n'a été
• fait. Mes forces viennent encore d'être diminuées tout •récemment, parce que, aux demandes pressantes du •gouverneur militaire et de la régence de Liège, j'ai été •obligé d'envoyer les 1 er et 2 e bataillons du 12 e régiment
• pour rétablir l'ordre et la tranquillité.... D'après les •journaux, l'armée hollandaise, bien organisée, se com- » poserait de trois divisions et d'une brigade d'avant- » garde, prête à entrer en campagne, et on me met, •non-seulement hors d'état de prendre l'offensive, s'il le
• fallait, mais même de conserver la défensive. Après •tout cela, je vois que si je venais à éprouver un échec, •on m'accuserait en sus de ne pas servir les intérêts du *pays. Aussi, ne voulant pas voir ternir, en un seul •jour peut-être, cinquante-six années de loyaux services,
»je déehre que je me défendrai avec courage, mais que je »ne réponds de rien, si on paralyse mes moyens d'exécu- »tion, et si Ton continue à m'enlever mes troupes, » tandis qu'elles auraient besoin d'être augmentées (1). » Le même jour, afin de rendre ses réclamations plus efficaces, Daine s'adresse au Régent lui-même, pour protester contre l'abandon où le département de la guerre laisse l'armée de la Meuse. « Des troubles récents , » disait le général, « ont nécessité l'envoi de deux bataillons »à Liège et de deux autres à Bruxelles, de sorte qu'il ne »m'en reste que quatre, avec deux escadrons du i* régi- » ment de chasseurs, une compagnie de lanciers et une » forte batterie attelée. Voilà l'effectif de l'armée de la » Meuse, car il serait difficile de compter sur les volontaires du général Mellinet que l'on organise. L'on » exigera peut-être beaucoup de mon expérience et de ma «réputation avec des moyens si exigus; on me promet de » renforcer mon armée; an m'annonce, depuis quatre i atïinq mois, l'envoi de nouveaux bataillons, de plusieurs «escadrons, et trois nouvelles batteries; mais l'intrigue »et l'envie leur font prendre une autre route que celle du aLimbourg.... Ma réputation et celle de mon armée rucourent de grandes chances. Si l'ennemi venait à nous » attaquer, trois à quatre mille hommes ne sont riea T»pour résister aux sorties d'une place de guerre (Maes- »tricht), aux attaques des turbulents de l'intérieur et à » celle de l'ennemi qui nous menace sur les frontières (2).» Ces plaintes, il est vrai, ne furent pas entièrement dédaignées. Pendant les mois d'avril et de mai , des ren-
(1) Mémoire au Rôt, p. 77 et 78.
(2) Jbid. , p. 65 et 66.