‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 63 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'armée de la Meuse devait se diriger sur Westerloo et Gheelpour opérer sa jonction avec l'armée de l'Escaut (1).

Qu'an se représente la position de Daine. Privé de fonds pour organiser un espionnage complet, il était à peu près sans renseignements sur les forces et les desseins du corps d'armée qu'il devait combattre. Il croyait lutter contre la division de Meyer, tandis qu'il avait en face la division de l'extrême gauche commandée par Cort-Heiligers.Les perplexités où le jetait cette ignorance devaient naturellement s'accroître par les ordres contradictoires qu'il recevait depuis vingt-quatre heures. Bref, te général perdit à la fois le courage et la conscience de sa position. Au lieu de se retirer par Saint-Trond et Tirlemont, ou de se jeter bravement en avant dans la direction de Diest, il revint à Hasselt pour tenter sa malheureuse pointe sur Kermpt. On connaît sa retraite sur Liège.

C'est cette retraite qu'on a qualifiée d'acte de trahison. On oublie que, le lendemain du combat de Kermpt, la position de Daine sur la route de Diest n'était plus tenable. Il avait 20,000 ennemis en face et 10,000 autres sur chacun de ses flancs! Ce n'est pas la retraite sur Liège qui pèse sur la mémoire du général ; le seul grief réel, c'est sa négligence à profiter de la matinée du 7 août, pour se diriger vers l'armée de l'Escaut qui se rapprochait de la Nèthe. Mais de quel droit attribue-t-on à cet acte de découragement et d'incurie le caractère d'un crime infâme? Où sont les preuves? Dès le 31 mars, Daine signale au Régent la nécessité de rapprocher les

H) V. le texte de cet ordre, ci-dessus, p. 40.

armées de l'Escaut et de la Meuse. Cinq mois avant l'invasion , il déclare positivement que l'occupation de Diest par un corps intermédiaire est le seul moyen de prévenir les desseins du prince d'Orange; il supplie le général de Tieken de combler avec une partie de ses forces la lacune de six lieues laissée dans notre ligne de défense ; il prédit les désastres du mois d'août, en indiquant à temps le moyen de les prévenir ! Mais si Daine était vendu aux ennemis de sa patrie, comment expliquer sa persistance à signaler les périls qui menacent l'armée belge? Comment expliquer ces demandes de secours qu'il renouvelle jusqu'à l'importunité? Un traître n'eût pas procédé de la sorte ; il eût gardé une attitude passive ; il se fût contenté de chercher une cause de justification dans l'insuffisance et l'état de désorganisation de ses troupes. L'âme du vieux soldat n'était pas à la hauteur du commandement d'une armée. Effrayé de l'immense responsabilité qui pesait sur sa tête, ses forces trahirent son courage. Son intelligence se troubla en face de l'ennemi ; il eut un jour de découragement, de malheur, de déplorable faiblesse. Il n'est pas nécessaire de chercher ailleurs l'explication des funestes hésitations de Daine. Si des faits postérieurs ont donné lieu à des soupçons plus ou moins plausibles, ce n'est pas aux événements de 1831 qu'il faut remonter pour les légitimer (1).

Les faits personnels à Daine étant écartes, il nous

(1) Nous parlerons plus tard du complot orangiste de 1841. — Dans les débais auxquels la demande d'enquête parlementaire donna lieu au sein de la Chambre des représentants (voy. le ch. VI), M. Alex. Gendebicn repoussa , comme nous , l'accusation de trahison qu'on voulait faire peser sur la tétc de Daine. « Je déclare hautement et publiquement , » dit-il , « que je regarde le général Daine comme incapable d'avoir trahi. »S*il eût pu concevoir un projet de trahison , c'eût été quand il était chef

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