‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 64 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

reste à examiner s'il est vrai qu'une part de nos désastres doive être attribuée à l'incurie du département de la guerre. Les accusations les plus graves ont été adressées à ses chefs. Le 13 décembre 1839, un député de Liège s'écria au sein de la représentation nationale : « Le • Congrès a été trompé, sinon trahi, par le ministère du » Régent, car il avait voté les fonds nécessaires pour » organiser une armée de 68,000 hommes, et au moment »du danger il ne s'est pas trouvé 9,000 hommes à opposer »à l'agression de l'ennemi (1). x>

Avant de déverser l'éloge ou le blâme sur les actes des ministres du Gouvernement provisoire et du Régent, il importe de bien déterminer les exigences de la situation.

Sous le gouvernement des Pays-Bas, l'administration du département de la guerre avait été organisée avec une partialité révoltante. Sur une centaine de fonctionnaires, les Belges y comptaient deux commis-adjoints et un expéditionnaire. Le lendemain de la révolution, les connaissances et h\s documents les plus indispensables manquaient aux hommes appelés à organiser l'armée

»de la seule armée que la Belgique eût sur pied ; quand cinq ou six «complots , aujourd'hui bien connus , étaient organisés au profit de la «famille déchue. Le général Daine , fidèle alors , n'a cessé de l'être dans •ces derniers temps. Le général s'est trouvé dans une position fâcheuse. «Il était brave et capable de conduire habilement une attaque ; mais il «avait déclaré que , n'ayant jamais commandé un corps d'armée aussi «considérable , il demandait un bon corps d'état-major. Eh bien ! il «n'avait pas avec lui un seul général. On ne comptait pour son corps «d'armée, s'élevant de 12 à 15,000 hommes, que trois colonels.... » (Séance du 10 décembre 1851 , Moniteur du 12).

Voy. à Y Appendice (L. K.) le fragment relatif aux opérations de l'armée de la Meuse après la déroute de Wimmertingen.

(1) Dijiours de M. Fleussu (Moniteur du 14 décembre 1839).

nationale. Sur vingt et un intendants militaires, répartis dans les divers commandements territoriaux de l'ancienne armée, quatre seulement étaient Belges; encore ne purent-ils immédiatement entrer au service de leur patrie. À quelques exceptions près, tous les quartiers-maîtres étaient hollandais ; les sergents-majors eux-mêmes, qu'on a si justement appelés l'âme des compagnies, appartenaient presque tous aux provinces septentrionales.

Confiée à des fonctionnaires jusque-là étrangers à sa marche, l'administration de la guerre devenait forcément une œuvre de tâtonnements, d'essais, d'expériences successives. On devinait plutôt qu'on ne connaissait les besoins du service (1).

Dans les pays voisins, on eût pu trouver au moins quelques renseignements secondaires dans les autres départements ministériels; mais, on le sait, le siège de la plupart des grands établissements publics avait été fixé en Hollande. Le ministère de l'intérieur suivait la cour, et celle-ci résidait alternativement à La Haye et à Bruxelles; or, par une autre fatalité, la cour et le ministère se trouvaient à La Haye en 1830.

L'expérience administrative faisait donc complètement défaut. Tout était à créer, même les bureaux de l'administration centrale. Ainsi que le général Goblet l'a dit à la tribune, « le pays se trouvait sans armée, sans force » publique régulière, sans moyens administratifs ou coër- »citifspour en former une (2). » On devait en quelque

(1) Voy. le rapport de M. Goblet, cité ci-après, p. 131.

(2) ïbid.

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