CHAPITRE IV
sorte deviner à la fois les besoins du service et les moyens d'y faire face.
Ce fut dans ces déplorables conditions que le Comité de la guerre, présidé par M. Joly, ex-sous-lieutenant d'artillerie, ouvrit ses séances.
Trois éléments principaux devaient entrer dans l'organisation des forces défensives de la nation : les volontaires, l'armée régulière et la garde civique. Ils fixèrent successivement l'attention du Comité.
Dès le 3 octobre 1830, M. Nypels, élevé au grade de commandant en chef des forces mobiles, s'efforça de donner un simulacre d'organisation aux bandes de volontaires qui inondaient la capitale. Ayant réuni les chefs de compagnie, il convint avec eux qu'une solde de 25 cents (fr. 0,52) serait allouée à chaque volontaire, sans distinction de rang, qui serait logé et nourri chez l'habitant, et une solde de 60 cents (fr. 1,26) à chaque volontaire caserne. Le lendemain, il passa en revue toutes les compagnies présentes à Bruxelles , distribua des bons de vêtements et assura la solde autant que l'état des finances le permettait. Il répéta ces revues jusqu'au 20 octobre.
Dans l'intervalle, une intendance avait été établie sous la direction de M. Chazal. Nommé munitionnaire général, le 1 er octobre 1830 ; transformé en ordonnateur en chef, le 13 du même mois; élevé au rang d'intendant général, le 14 novembre suivant, M. Chazal déploya sous tous ces titres une activité, une vigueur et, surtout, une habileté peu communes. Surmontant les obstacles et imprimant au service toute la régularité compatible avec les circonstances, il réussit à pourvoir aux premiers besqins des volontaires.
L'extrême mobilité de l'effectif des corps francs rendait cependant la tâche de l'administration aussi rude que compliquée. Nous ne citerons qu'un seul fait. Le 1 er novembre, à une revue générale passée à Anvers, le nombre des volontaires présents s'élevait à 521 officiers et 8,177 sous-officiers et soldats ; des distributions de vivres , de vêtements et d'armes furent faites en conséquence. Or, le 6 du même mois, à une seconde revue des mêmes corps, on ne trouva plus que 342 officiers et 4,752 sousofficiers et soldats. En six jours, l'effectif des combattants était diminué de 3,604 hommes ! 11 est vrai que de nouveaux arrivants ne tardaient pas à venir combler les vides, au premier signal d'alarme; mais ces fluctuations incessantes rendaient toutes les combinaisons d'approvisionnement à peu près inefficaces. Positions, organisation, effectif, vêtements, vivres, tout changeait du jour au lendemain.
L'intérêt des volontaires eux-mêmes exigeait qu'ils fussent soumis à une organisation plus régulière et plus stable. Ce fut la tâche du général Nypels. Au mois de novembre il réunit les différentes compagnies en bataillons et groupa ceux-ci en brigades. Le 7 décembre, une première brigade, commandée par le général Mellinet, était cantonnée dans le Limbourg; elle se composait de quatre bataillons, d'une compagnie d'artillerie et d'un détachement de pontonniers. Une deuxième brigade, composée de la même manière, occupait Turnhout et les villages environnants, sous le commandement du général Niellon. Une troisième, composée de cinq bataillons, était échelonnée sur la frontière occidentale de la province d'Anvers, sous les ordres du lieutenant-colonel