CHAPITRE IV
Fonson. La plupart des officiers avaient été brevetés et recevaient un traitement particulier (1).
Ces corps étaient braves, mais peu disciplinés. Composés d'hommes jusque-là étrangers à la vie militaire, commandés par des chefs manquant de prestige et élus par les suffrages de leurs subordonnés, les volontaires ne savaient pas se plier aux exigences du service. « Com- »ment, » s'écrie douloureusement un général, « comment » maintenir l'ordre, lorsque 200 hommes par bataillon » quittent à la fois les rangs et répondent hardiment aux » chefs élus par eux : je ne t'ai pas fait officier pour que » tu me commandes, phrase qu'ils appuient de jurements, »d'un mouvement de baïonnette et même d'une balle » qu'ils font siffler aux oreilles (2). » Aussi le comité de la guerre, tout en applaudissant aux résultats déjà obtenus, s'efforçait-il de faire entrer successivemenl les volontaires dans les cadres de l'armée régulière. C'était d'ailleurs un moyen d'assurer l'avenir des combattants de Septembre, et de payer ainsi la dette de la reconnaissance nationale.
Malheureusement, l'organisation de l'armée régulière était, elle aussi, une tâche herculéenne.
On croit généralement que la prise des forteresses eut pour résultat de mettre un matériel immense à la disposition de la nation. C'est une erreur grave. Les magasins étaient vides ; les arsenaux, dégarnis; les casernes, privées des objets les plus indispensables.
Obéissant à une sorte de pressentiment, les Hollandais avaient établi dans les provinces septentrionales tous
(i) V. les rapports du général Nypeîs et de l'intendant- général Chazal. Huyttens , Disc, du Congr. nat. , T. IV, p. 370 et 372. — Un arrêté du 15 octobre avait régularisé la solde.
(2) Daine, Mémoire au Roi, p. 29.
leurs dépôts d'armes portatives. A Liège même, on ne trouva que deux à trois mille fusils incomplètement montés. D'ailleurs, plusieurs garnisons hollandaises ■ avaient obtenu des capitulations qui leur permettaient d'emporter les armes.
Pour les objets d'habillement et d'équipement la disette était la même. Les magasins se trouvaient en grande partie dans les provinces du Nord. Le peu d'effets existant dans les dépôts belges avaient été pillés par la populace. Les hôpitaux eux-mêmes étaient dépourvus des objets de première nécessité. Les Hollandais ne nous avaient laissé qu'un magnifique matériel d'artillerie de rempart et de siège (1).
Mais c'étaient surtout les hommes qui se faisaient désirer ! On promit un grade d'avancement à tout officier de l'armée des Pays-Bas qui viendrait se ranger sous le drapeau national. Les officiers rentrés dans le pays après la bataille de Waterloo, et que le gouvernement déchu avait arbitrairement privés de leurs grades et de leur rang d'ancienneté, furent réintégrés dans leurs droits. Par malheur, ainsi que nous l'avons déjà dît, le nombre des officiers belges au service de la Hollande était peu considérable, et la réintégration des officiers de l'Empire n'augmentait pas sensiblement leur phalange.
Il en résulta, surtout pour les premiers arrivés , un avancement extraordinaire et sans exemple dans notre histoire militaire. C'est ainsi que le comte d'Hane, major de cuirassiers, le marquis de Chasteler, ancien major de hussards , le comte Vandermeere, ex-capitaine dans les
(1) V. le rapport de M. Chazal au commissaire général de la guerre y en date du 7 décembre 1830.