‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 74 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Rochambeau n'a pas terni la gloire de l'Union ; la présence des Fabvier et des Byron n'a pas nui à la liberté des Hellènes.

La section centrale, redoutant les clameurs de la presse, amoindrit considérablement le projet de M. Nothomb; au lieu de la liberté illimitée que celui-ci réclamait pour le gouvernement, elle limita le choix du ministère, en dehors de l'artillerie et du génie , à un général commandant en chef et trois officiers supérieurs.

Réduite à ces termes, la proposition fut discutée à la séance du 10 avril. Chacun comprenait l'importance de la question pour l'avenir de l'armée nationale. Les membres du Congrès étaient à leur poste; les tribunes regorgeaient de spectateurs, les journalistes attendaient les débats avec impatience : le ministre de la guerre, le représentant de l'armée, s'était seul abstenu de paraître. On apprit bientôt que cette absence était préméditée.

Répondant à M. Van de Weyer, qui avait témoigné le désir de discuter le projet en présence du ministre de la guerre, M. Lebeau, ministre des affaires étrangères, prononça ces paroles significatives. « Je ne prétends pas » contester à la Chambre le droit d'appeler un ministre »dans son sein et de lui adresser des interpellations; » mais je déclare d'avance que, si j'étais ministre delà > guerre et que je fusse consulté sur le projet, je ne répondrais pas! » Un instant interrompu par des murmures, M. Lebeau reprit avec énergie : « Eh quoi ! lorsque »des soupçons ont plané sur divers officiers généraux de » notre armée, lorsque la police est sur la trace des rami- »fications d'un complot de trahison dont l'existence ne

»peut être révoquée en doute, vous voulez qu'il descende »de la tribune, de la bouche du ministre de la guerre lui- -même, des paroles qui peuvent jeter la désorganisation »dans l'armée ? Voilà une inconséquence que je ne comprends pas, et je conjure le Congrès, si M. le ministre »de la guerre vient et qu'il lui soit fait des interpellations, »de lui défendre de répondre! »

M. Lebeau oubliait que ces paroles ardentes et vagues étaient bien plus dangereuses qu'un simple avis du ministre de la guerre sur la question d'opportunité du projet, avis qui pouvait être réclamé avec d'autant plus de raison que les membres du cabinet n'avaient pas apposé leur signature au bas de la proposition de M. Nothomb. Leur assentiment, à la vérité, n'était pas douteux; mais l'assemblée était en droit d'exiger une déclaration expresse du représentant de l'armée.

Quoi qu'il en soit, M. le ministre de la guerre ne vint pas, et le Congrès était dûment averti.

L'opposition, que cet incident avait aigrie , se montra passionnée et tenace. Les uns imputaient au projet d'être entaché d'inconstitutionnalité : comme si l'article 6 de la constitution, qui déclare les Belges seuls admissibles aux emplois militaires, ne permettait pas à la loi de consacrer des exceptions pour des cas particuliers ; comme si le discours de M. Lebeau, quelle que fût l'opinion qu'on se fit de son opportunité, n'eût pas suffi pour prouver que l'armée se trouvait réellement dans une situation exceptionnelle ! Les autres repoussaient la mesure comme inutile, dangereuse, funeste à la discipline, humiliante pour l'armée, favorable aux manœuvres de la politique étrangère. « Je ne puis penser, » s'écriait M. de Rouillé,

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