‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 75 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

«que notre brave armée soit réduite à l'humiliante situa- » tion de devoir chercher à l'étranger des officiers supérieurs; je me demande d'où vient cette défiance dans aies talents militaires des nôtres? L'armée, telle qu'elle »est maintenant composée, est certes bien en état de » faire avec succès la guerre aux Hollandais. » Bref, la résistance de l'assemblée devint tellement sérieuse que le projet fut renvoyé à la section centrale afin d'être, une seconde fois, réduit à des proportions plus modestes.

Répondant à cette injonction, la section centrale limita les pouvoirs du ministère, 1° à un général en chef et trois officiers supérieurs ; 2 a à un colonel d'artillerie, trois chefs de bataillon , douze capitaines et vingt lieutenants ou sous-lieutenants. On déterminait ainsi le nombre des officiers à admettre dans l'artillerie, et l'arme du génie restait exclusivement réservée aux Belges.

Cette nouvelle concession n'eut pas le bonheur de dissiper les préventions de l'opposition. Toutes les objections de la veille furent reproduites. Pourquoi, s'écriaiton, ces inquiétudes et ces méfiances? L'armée avait-elle démérité de la nation? La révolution française n'avaitelle pas révélé les talents militaires des Kléber et des Desaix? La révolution belge n'avait-elle pas déjà produit les Niellon et les Mellinet (1)? Pourquoi ne pas laisser aux hasards de la guerre le soin de faire surgir les hommes dignes de conduire nos phalanges à la victoire? Avait-on oublié que notre première révolution avait échoué par la trahison de deux généraux étrangers? Ignorait-on qu'un commandant en chef étranger tiendrait le sort de la

(1) Discours de M. Desmauet de Biesmc.

Belgique entre ses mains ; qu'il pourrait disposer de nous et de notre honneur comme bon lui semblerait (1) ?

La proposition de la section centrale fut cependant admise par 80 voix contre 42.

Mais toutes les résistances ne sont pas domptées. Voici qu'une autre opposition se manifeste. V Association nationale jette son poids dans la balance; les journaux excitent les passions populaires ; les clubs s'agitent, et des officiers supérieurs ne craignent pas d'y venir dénoncer une mesure approuvée par le ministère et sanctionnée par le pouvoir législatif.

A Gand, le comité provincial de V Association nationale osa protester solennellement contre le décret du Congrès. Nous emprunterons au Journal des Flandres la relation de cette curieuse séance. Ce récit est un véritable document historique, car il révèle à la fois les passions de l'époque et le relâchement de tous les liens sociaux.

« Le colonel Dandelin, » dit le journal gantois, « ouvrit »la séance en annonçant à l'assemblée que le bureau avait »cru devoir protester contre la décision du Congrès qui «autorisait l'admission de chefs étrangers dans l'armée » belge. La protestation, digne et mesurée, a été envoyée

(1) Discours de M. Van de Weyer. —Celte même séance se distingua par deux incidents singuliers. Deux signataires de la proposition, MM. Alexandre Gendebien et A. de Robaulx, faisant brusquement volte-face, vinrent eux-mêmes retirer leurs signatures et combattre le projet comme anticonstitutionnel. Oubliant la solidarité qui existe entre les membres d'un même cabinet, oubliant surtout l'assentiment qu'il avait donné au projet primitif, projet beaucoup plus large que celui qui était en discussion, M. Barthélémy, ministre de la justice, prit la parole pour repousser, comme citoyen, comme membre du congrès, comme ministre, la faculté de nommer un général en chef étranger , faculté envisagée par ses collègues comme l'un des premiers besoins de la situation ! L'anarchie avait pénétré dans les meilleurs esprits.

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