‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 76 sur 155 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

» hier au Régent. M. Dandelin, après avoir développé les » motifs de cette démarche contre une espèce de déclaration d'incapacité aussi injuste qu'insultante pour nos » braves, demanda aux deux mille auditeurs qui remplis- «saient la salle, s'ils s'associaient à la protestation. Une » triple salve d'applaudissements fut la seule réponse de «l'assemblée. Acte sera donné au gouvernement de cette » adhésion importante.

«M. le colonel Van Remoortere demanda la parole, et, «avec une franchise, une verve militaire, dont il nous » serait impossible de décrire l'effet, prononça le discours «suivant , expression fidèle des sentiments de toute » l'armée belge :

« Messieurs, je ne puis comprimer plus longtemps la «profonde émotion que me cause le projet, ou plutôt la «résolution, prise par une partie du Congrès, d'appeler «des étrangers à l'honneur de conduire nos braves!

«Ainsi les hommes qui ont su affranchir leur patrie » ont cessé d'être dignes de la défendre, et les chefs que «le grand empereur associa à la gloire de la France «héroïque, sont trouvés incapables de commander! Quoi! » les Belges, reconnus par César et Napoléon pour les plus «vaillants soldats de la terre, seront déshonorés par leurs «propres mandataires !... Une foule d'idées se confondent «dans ma tête, et je ne sais à laquelle m'arrèter! Quels «sont les motifs de nos représentants? Quelle impulsion «les fait agir? En vérité, je ne vois que honte et péril dans «une pareille mesure. Des étrangers auront-ils pour » notre patrie cet amour qui nous enflamme? Et qui nous » répondra de leur fidélité !

«Que l'on nous dise : Marchez sur un tel point, et

•nous marcherons; prenez telle forteresse, et nous la » prendrons. Il surgira du sein de la nation des hommes

• capables : l'amour de la patrie fait seul des héros.

•Que tous ceux qui sont véritablement Belges, c'est-à- -dire braves et fiers, me répondent. Protestons contre •une honteuse méfiance. Prenons sur nous la responsabilité de la victoire : ce sera la plus belle chose que le •monde ait encore vue. Ecrions-nous tous : la nation •tout entière jure de vaincre ou mourir; mais point •d'étrangers! »

• Cette allocution vive et guerrière est interrompue, à •plusieurs reprises, par des cris d'enthousiasme.

•MM. de Sou ter, en flamand, et Auguste Bayet, en

• français, se prononcèrent, avec force, dans le même •sens.

•Après la séance, des groupes se formèrent dans les » places y discutant les affaires publiques (1). •

Le croira-t-on? En présence de ces clubs qui se placent au-dessus de la représentation nationale, de ces colonels qui repoussent les vœux du pouvoir et méprisent les votes du Congrès , de ces groupes qui décrient les mesures que réclame le salut de la patrie; en présence de ces formidables symptômes de désorganisation sociale, le ministère du Régent eut le triste courage de courber

(1) Le Journal des Flandres ajoutait : « Ainsi donc il s'agit d'agir, et, si les ministres n'agissent pas ,' que V Association nationale comprenne la tâche que lui impose le salut public. Elle est instituée , comme un orateur l'a fort bien dit à l'ouverture de noire assemblée provinciale , pour seconder le gouvernement, s'il marche ; le soutenir, s'il chancelle ; le surveiller , s'il hésite. Disons encore : pour faire surgir des hommes nouveaux qui suppléent à l'insuffisance de ceux que les affaires auront consumés ou consommés. » (V. Ad. Barthels , les Flandres et la révolution belge, p. 490 à 493).

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