CHAPITRE IV
silencieusement la tête. Le décret du Congrès resta sans exécution !
Désormais c'en était fait de la discipline de l'armée. V Association nationale avait fait Fessai de ses forces; les officiers savaient qu'ils pouvaient impunément déférer au public des clubs les décisions du Congrès et les ordres des ministres. L'armée fut envahie par des nuées d'émissaires qui semaient partout la défiance et l'agitation. Animés d'intentions patriotiques, mais aveuglés par les passions révolutionnaires, ils parlaient de trahison et décriaient les ordres des chefs, alors que l'union, la confiance et la discipline étaient les premiers besoins de la situation. Pour rappeler les esprits au respect des principes et du droit, il a fallu que les vedettes hollandaises vinssent montrer leurs panaches à Tervueren!
On comptait, il est vrai, sur les renforts que la mobilisation de la garde civique devait procurer à l'armée active; mais, pas plus que l'armée, la garde civique n'avait reçu une organisation appropriée aux circonstances. Ici encore les précautions les plus indispensables avaient été négligées. A la suite de plusieurs mesures administratives prises par le gouvernement provisoire, une loi du 31 décembre 1830 avait créé l'institution. Un décret du 4 avril suivant autorisa le gouvernement à mobiliser en tout ou en partie le premier ban de la garde.
Usant de la faculté que lui donnait ce décret, le ministère mobilisa les gardes du Luxembourg, par un arrêté du 13 avril; puis, par un arrêté du 7 juin, les gardes des autres provinces; mais on s'abstint encore une fois d'agir avec l'énergie et l'activité nécessaires. Nous laisserons au général Van Coeckelberghe le soin de décrire
l'état de la milice citoyenne au moment où la proclamation royale du 5 août appela la nation aux armes. « Malgré mes démarches, » dit le général, « malgré mes » instances réitérées, le 1 er ban lui-même n'était pas encore » organisé : ce fut, pour ainsi dire, forcément que les » officiers obtinrent des armes pour leurs soldats. Aussi »se vit-on dans l'impossibilité de tirer parti de la bonne «volonté nationale; on ne put utiliser le dévouement ni »le sacrifice de la nation : on eut des masses, mais on » n'eut pas d'armée. — Le 6 août, je reçus l'ordre de me «diriger surMalines. Ce fut en cheminant qu'on organisa »la brigade (1)... * Le même général nous révèle une particularité curieuse. Les gardes de Louvain, de Mons, de Wavre et d'autres villes figuraient au combat du 12 août, sans que personne songeât à s'occuper d'elles. Ils étaient abandonnés à eux-mêmes. Partout régnait l'incohérence, le désordre, l'anarchie (2) !
Après ces prémisses nous sommes en mesure de répondre à la question de savoir si, pour expliquer nos désastres de 1831, il faut nécessairement avoir recours à une accusation de trahison.
Constatons d'abord les faits acquis à l'histoire.
Il est faux que les Hollandais n'aient trouvé que
(1) La campagne du mois d'août 1851, par le général Van Cocckclbcrghe, p. 6 et 7.
(2) Jttd.,p. 12 et 25.— Voici l'indication chronologique des dispositions relatives à la garde civique : 24 octobre 1830 , 27 octobre 1830 , 31 octobre 1830, 5 novembre 4830, 9 novembre 1830, 13 novembre 1850 (2 arrêtés), 25 novembre 1830 , 2 décembre 1830 , 3 décembre 1830 , 31 décembre 1830, 5 janvier 1831 , 18 janvier 1831 , 22 janvier 1831 , 17 mars 1831 , 18 mars 1831 ,21 mars 1831 ,4 avril 1831 ,8 avril 1831 , 13 avril 1831 ,7 juin 1831 (deux arrêtés), 22 juin 1831, 23 juin 1831 , 14 juillet 1831 , 15 juillet 1831 et 23 juillet 1831. La Patinomie rapporte toutes ces dispositions à leur date.