‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 83 sur 155 · CHAPITRE V. 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 1S

Dès lors, pour tout homme impartial, le rôle de la Conférence était tracé. Ainsi que Ta dit un publiciste anglais, la violation seule de la suspension d'armes par le roi des Pays-Bas était suffisante pour annuler les articles antérieurement stipulés en sa faveur. Le monarque néerlandais ayant été réduit à l'obéissance par les armes de la France agissant au nom des cours alliées, les puissances étaient en droit de prendre, au détriment de la Hollande, toutes les mesures qu'elles jugeraient propres à accomplir désormais le grand objet de leurs efforts communs, la paix de l'Europe (1).

Pourquoi la Conférence n'a-t-elle pas suivi cette ligne de conduite? Pourquoi, au lieu de punir la Hollande d'une infraction manifeste au droit des gens, a-t-elle aggravé les conditions imposées à la Belgique ?

Il ne faut pas s'imaginer que les diplomates de Londres aient cédé à la pression de l'opinion publique. En Angleterre, en France et même dans une partie de l'Allemagne, la presse était à peu près unanime à blâmer l'agression de la Hollande. Partout on signalait à la justice de l'Europe la violation d'un engagement solennel, contracté sous la garantie des grandes puissances.

A Paris, des protestations énergiques s'étaient fait entendre à la tribune des Chambres. « Nos armées, » disait l'adresse en réponse au discours du trône, votée par la Chambre des Députés, « nos armées marchent au

moment favorable; mais l'exécution de ce dessein fut brusquement résolue en juillet, à cause du dépit causé à La Haye par l'élection du prince Léopold. Nous avons puisé ces renseignements à bonne source.

(1) V. A justification of the Foreign Policy of Great-Dritain towards Holland, p. 27. London , Ridgway , 1853. — La Hollande et la Conférence, par Gobau de Rospoul (M. Van de Wcycr) , p. 12.

» secours de la Belgique, et la France applaudit avec » transport à ce mouvement généreux (1). » Et l'adresse votée par la Cour des Pairs ajoutait : « La marche de » notre armée a répondu à l'urgence des circonstances. » Votre Majesté ne pouvait pas différer de faire respecter »des engagements pris de commun accord avec les » grandes puissances. Toute la France applaudira avec »nous à cette célérité et au courage des deux princes vos »fils, qui, suivant les exemples de Votre Majesté, vont » aussi consacrer leurs premières armes à la défense de «l'indépendance et de la liberté (2). »

A Londres, la rupture de l'armistice avait produit une impression analogue. Pendant que les sommités des torys, reculant devant l'évidence des faits, osaient à peine hasarder quelques explications timides et embarrassée», les organes des wighs dénonçaient le gouvernement de La Haye à l'indignation du peuple aiîglais. « Pendant »les douze mois qui viennent de s'écouler, » disait le Times, « la conduite de notre ancien allié donne plutôt » l'idée du triste état d'un insensé que du caractère d'un » prince qui, pendant quinze années, a reçu de nous tant »de marques de confiance et d'estime (3). » À la séance de la Chambre des Lords du 9 août, lord Brougham blâma la conduite de Guillaume I er dans les termes les plus énergiques. Au milieu des applaudissements d'une

(1) Moniteur universel du 10 août 1831.

(2) Moniteur universel du 12 août 1831. Le Roi Louis-Philippe répondit aux Pairs : « J'étais sûr d'être approuvé par mon pays en prenant des «mesures promptes et vigoureuses, pour soutenir son indépendance et » faire respecter la neutralité d'une nation amie que tant de liens «attachent à la France , et que tant de souvenirs lui rendront toujours »chère. » (Moniteur belge du 16 août 1831).

(3) Times du 5 août. Moniteur universel du 9 août.

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