‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 84 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

partie de l'assemblée, il accusa le monarque hollandais de céder à l'impulsion d'un égoïsme monstrueux et sanguinaire (1).

L'attitude de la Conférence s'explique par les sentiments peu sympathiques de la majorité de ses membres envers un gouvernement issu des commotions populaires de 1830. La Russie combattait la révolution en Pologne. L'Autriche luttait contre la révolution en Italie. La Prusse trouvait la révolution à Neufchâtel et aux bords du Rhin. Les ambassadeurs de ces cours ne pouvaient approuver à Bruxelles les actes que leurs maîtres punissaient d'exil ou de mort à Varsovie, à Milan, à Aix-la-Chapelle et dans les vallées de la Suisse. Ils avaient, à la vérité, donné leur assentiment à des protocoles qui admettaient comme point de départ l'indépendance future de la Belgique ; mais cette condescendance , loin de fournir une preuve de leurs sympathies personnelles, avait pour mobile unique la crainte de jeter l'Europe dans les hasards d'une guerre générale. Cette crainte seule les avait déterminés à sacrifier momentanément les prérogatives de la légitimité aux exigences de l'insurrection.

Aux yeux des diplomates réunis à Londres, les intérêts particuliers de la Belgique et de la Hollande formaient un côté très-accessoire de la question. Le différend avait pris, dès son début, une couleur européenne. Une lecture même superficielle des actes de la Conférence suffit pour en acquérir la preuve manifeste. — « Le maintien »de la paix générale constitue le premier intérêt, comme

(I) V. l'article du Morning-Chronicle , reproduit par le Moniteur belge du 15 août 1831.

»il forme le premier vœu des puissances réunies en conférence à Londres (1). » — « Les questions qu'il s'agit de » résoudre donnent lieu à des décisions dont les principes, »loin d'être nouveaux, sont ceux qui ont régi de tout » temps les relations réciproques des Etats (2). » — « Les » puissances n'ont en vice que d'assigner à la Belgique »dans le système européen une place inoffensive (3). » — a Chaque nation a ses droits particuliers; mais l'Europe »a aussi son droit; c'est l'ordre social qui le lui a donné. »Les traités qui régissent l'Europe, la Belgique les trouve » faits et en vigueur; elle doit les respecter et ne peut pas aies enfreindre. Les événements qui font naître en «Europe un Etat nouveau ne lui donnent pas plus le » droit d'altérer le système général dans lequel il entre, »que les changements survenus dans la condition d'un »Etat ancien ne l'autorisent à se croire délié de ses engagements antérieurs (4). » Telles étaient les maximes professées au Foreign-Office. Si les sympathies personnelles des ambassadeurs avaient seules servi d'impulsion aux actes de la Conférence, la dynastie de Nassau régnerait encore à Bruxelles. La Russie, la Prusse et l'Autriche défendaient ouvertement les intérêts du monarque hollandais; l'Angleterre, la France elle-même, avaient longtemps borné leurs vœux à l'érection d'un trône belge où se fût assis le prince d'Orange. 11 est certain que, plus d'un mois après le décret d'exclusion de la dynastie déchue, au moment où le Congrès allait procéder à

(1) Protocole du 20 janvier 1831. Huyttens , T. IV, p. 240.

(2) Protocole du 27 janvier 1831. Ibid., p. 251.

(3) Même protocole. Huyttens , ibid., p. 254.

(4) Protocole du 19 février 1831. Ibid., p. 267 et s.

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