CHAPITRE V
l'autre. Le protocole du 21 mai, destiné à faciliter l'adhésion de la Belgique aux vues de la Conférence, dit positivement que les plénipotentiaires, en préparant la voie aux dix-huit articles, ont pour but «d'aplanir les difficultés »qui entraveraient l'acceptation de la souveraineté de la » Belgique par le prince Léopold de Saxe-Cobourg, dans le »cas où, comme tout le porte à croire, cette souveraineté • lui serait offerte (1).» Un mois plus tard, le prince disait, à son tour, à la députation du Congrès chargée de lui offrir la couronne : « J'accepte l'offre que vous me » faites, bien entendu que ce sera au Congrès des repré- » sentants de la nation à adopter les mesures qui seules «peuvent constituer le nouvel Etat, et par là lui assurer »la reconnaissance des Etats européens. » Le même jour, il écrivit au Régent : « Aussitôt que le Congrès aura » adopté les articles que la Conférence de Londres lui » propose, je considérerai les difficultés comme levées » pour moi, et je pourrai me rendre immédiatement en •Belgique (2). » De la part de l'Europe, les dix-huit articles constituaient un engagement solennel envers le prince Léopold et envers la Belgique. C'est un point capital qui ne doit pas être perdu de vue dans l'examen des négociations ultérieures (3).
(1) Huyttens, T. IV, p. 280. C'est le premier acte de la Conférence où il soit fait mention du prince Léopold.
(2) Ibid.,T. IV, p. 163 et 164.
(3) On peut consulter à ce sujet le ch. XI de Y Essai sur la révolution belge, de M. Nothomb ; cette lecture dissipera tous les doutes. —M. White {Hev. belge y T. III , p. 185) rapporte un épisode qui prouve que les plénipotentiaires russes eux-mêmes n'avaient pas autrement interprété les actes de la Conférence. Le 12 juillet, les plénipotentiaires des cinq cours étaient réunis à Malborough-Housc , résidence dn prince Léopold. Le prince leur dit : a La volonté des grandes puissances ^st-elle de me
Le Congrès national accepta les dix-huit articles, par son décret du 9 juillet 1831. La Hollande, au contraire, les repoussa de toutes ses forces.
La Conférence fit un nouvel effort (25 juillet). Nourrissant l'espoir que des négociations ultérieures, poursuivies sous les auspices des cinq cours, pourraient amener la conclusion d'un traité définitif, elle engagea les deux gouvernements à munir leurs représentants à Londres des pouvoirs nécessaires pour discuter et signer ce traité (1).
Cette fois, ce fut la Belgique qui refusa. Le ministre des affaires étrangères, M. de Meulenaere, répondit que les dix-huit articles, réciproquement adoptés, devaient, aux termes du protocole du 26 juin, être convertis en traité définitif; que la Conférence elle-même avait envisagé ces articles comme préliminaires de la paix, et que dès lors l'envoi d'un nouveau plénipotentiaire serait sans objet aussi longtemps que la Hollande n'aurait pas accédé, de son côté, à des conditions qui avaient été purement et simplement acceptées par le Congrès belge (2).
La Hollande, prête à envahir la Belgique, tint un autre langage. Dans une dépêche du 1 er août, M. Verstolk de Soelen disait à la Conférence : « Sa Majesté (Guit-
reconnaître immédiatement ? Leur volonté est-elle de me reconnaître , si je me rends en Belgique sans attendre l'adhésion du roi de Hollande ? »
— « Oui, quand même (répondit le comte Matuszewic) , et, s'il refuse , nous trouverons le moyen de le forcer à consentir. » — On dit qu'un autre diplomate russe , le prince de Lievcn , n'était pas moins explicite.
— Il est permis de douter de la sincérité de ce langage ; mais il prouve au moins que , dans les idées des membres de la Conférence , les dix-huit articles étaient un engagement solennel de l'Europe envers le prince Léopold.
(i) Papers relative to the affairs ofBelgium, À, p. 76. (2) Recueil de pièces diplomatique», T. II , p. 5.