‹ La Belgique sous le règne de Léopold Ier (volume 2)Chapitre 89 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le Luxembourg formait, dès le dixième siècle, un Etat à part, gouverné par une dynastie indigène. En 1444, la descendance mâle de la famille régnante s'étant éteinte, Guillaume de Saxe et Elisabeth de Gorlitz cédèrent leurs droits au duc de Bourgogne Philippe-le-Bon, et celui-ci se fit reconnaître par les Etats du pays.

À partir de ce moment, le Luxembourg partagea le sort des provinces belges. Sous les maisons de Bourgogne, d'Espagne et d'Autriche, de même que sous la souveraineté particulière d'Albert et d'Isabelle , il appartenait à la Belgique au même titre que le comté de Flandre et le duché de Brabant. A part quelques différences secondaires résultant des privilèges locaux, les gouverneurs généraux exerçaient dans les communes du Luxembourg la même juridiction qu'à Bruxelles. Les Etats de la province envoyaient leurs députés aux Etats- Généraux, et les ordonnances d'administration générale y étaient obligatoires comme dans les autres parties du pays. Avec toutes nos provinces, le Luxembourg avait été compris dans le cercle de Bourgogne.

Avant la révolution de 1830, ces vérités historiques n'avaient jamais été révoquées en doute, ni par la Belgique, ni par la Hollande, ni par l'Europe. Le traité d'Utrecht du 11 avril 1713, qui céda les provinces belges à la maison d'Autriche , comprit le Luxembourg sous la dénomination générale de Pays-Bas. En 1790, les volontaires de l'armée belge réclamèrent officiellement le concours de leurs frères du Luxembourg. « Unis avec »vous depuis des siècles par les mêmes destinées,» disaientils, « nous croirions avoir peu fait pour notre bonheur, »si nous n'étendions pas jusqu'à vous l'ouvrage heureux

»de la liberté (1). » C'est comme province belge que, le 9 vendémiaire an IV (1 er octobre 1795) , le Luxembourg fut incorporé à la république française. C'est encore comme province belge que le Luxembourg se vit compris dans les traités de Campo-Formio et de Lunéville (17 octobre 1797 et 9 février 1801).

Avant sa réunion à la France, le Luxembourg était donc incontestablement une province des Pays-Bas autrichiens. Tous les documents historiques et politiques* toutes les cartes attestent cette vérité. Aussi, de même que les actes diplomatiques antérieurs, le traité de Londres du 20 juin 1814, qui joignit nos provinces à la Hollande pour former avec elles le royaume des Pays- Bas, comprit le Luxembourg sous la dénomination générale de Belgique. Guillaume I er agit de même dans la proclamation du 16 mars 1815, par laquelle il s'attribua le titre de roi. « Nous déclarons par ces pressentes, » disait-il, « que tous les pays appartenant à la » Belgique et à la Hollande forment le royaume des Pays«r »Bas, pour être possédés par nous et par nos légitimes » successeurs, d'après le droit de primogéniture, et nous » prenons, pour nous-même et les princes qui monteront » après nous sur le trône, la dignité royale et le titre de »roi, en ajvutant cependant à ce dernier celui de duc de t> Luxembourg ,. à cause des relations que cette province est » destinée à avoir avec l'Allemagne (2). »

Ces derniers mots font allusion à un projet qui fut réalisé par les traités de 1815 et qui doit ici spécialement fixer l'attention.

(i) Adresse des volontaires de l'armée Belgique aux Ivubitanls de la tille $t provitice de Luxembourg. Bruges , 1790 , p. 2. (2) Pasinomie , 2 e série , T. 2 > p. i.

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