CHAPITRE V
dotation de la légion d'honneur, plus un compte exact des opérations du syndicat d'amortissement. 11 terminait son message par une demande en réparation des dommages causés par le bombardement d'Anvers, la rupture des digues de l'Escaut et l'invasion du mois d'août (1).
Quoique la plupart de ces demandes fussent fondées en raison et en équité, les plénipotentiaires hollandais leur opposaient une résistance énergique.
Les premières propositions du cabinet de La Haye, formulées dans une note du 5 septembre, consistaient à dire à la Belgique : « Chargez-vous de i6/3t parts de toutes les dettes du royaume des Pays-Bas, tant de celles originairement contractées par la Hollande qu$ de celles contractées en commun. En considération de ce partage, nous vous accorderons la jouissance de la navigation et du commerce aux colonies hollandaises, sur le même pied, avec les mêmes droits et les mêmes avantages que les habitants de la Hollande (2). &
Ces propositions n'étaient pas sérieuses. Lors de la réunion des deux pays, la Hollande avait à sa charge H. 373,153,530,00 de dette active et fl. 1,146,307,061,00 de dette différée (3). Pendant les quinze années de la réunion, la Belgique avait annuellement fourni une somme de sept millions de florins pour le paiement des intérêts de l'ancienne dette hollandaise. Elle avait en outre contribué à l'amortissement de 2,830,000 florins de dette active et de 565,000 florins de dette différée. Ces sacrifices devaient suffire. Les obligations jadis contractées par sa rivale lui étaient désormais étrangères.
(1) Papers relative to the affairs ofBelgium, A , p. 112 et 113.
(2) Recueil de pièces diplomatiques, T. II , p. 38 et 39.
(3) Compte officiel du 2 octobre 1813.
M. Van de Weyer répondit avec raison que les Belges ne pouvaient consentir à sacrifier annuellement plusieurs millions de florins en échange d'un droit de commerce et de navigation dont la Hollande seule réglerait l'exercice. En effet, les Hollandais étant exclusivement en possession de l'administration civile et militaire des colonies , il dépendait d'eux de rendre illusoires les droits accordés aux Belges, soit par des tracasseries administratives, soit en accordant à d'autres nations des avantages analogues (1).
Les plénipotentiaires hollandais comprenaient euxmêmes que leur projet n'était pas de nature à recevoir un accueil favorable. Le 26 septembre, revenant sur leurs pas, ils firent à la Conférence la proposition suivante : « Que les deux parties se retirent avec ce qu'elles ont » apporté dans la communauté , et qu'elles supportent »dans une juste proportion (par exemple celle de la popu~ ilation) les dettes faites en commun. »
A l'égard des dettes originairement contractées par chacun des deux pays, ce nouveau projet était inattaquable; mais, pour les dettes contractées depuis l'établissement du royaume des Pays-Bas, il s'écartait des notions les plus élémentaires de la justice distributive. La population de la Belgique étant à peu près double de celle de la Hollande, le projet mettait en réalité les deux tiers de la dette des Pays-Bas à notre charge; tandis que les colonies, les travaux publics et les besoins exclusifs de la Hollande avaient absorbé les sept huitièmes des emprunts levés en commun. D'ailleurs, ici encore on oubliait que, pendant quinze années, la Belgique avait supporte sa
(1) Recueil de pièces diplomatique* , T. II , p. 70.