CHAPITRE V
part du fardeau écrasant de l'ancienne dette hollandaise. Ainsi, là où M. Van de Weyêr proposait un partage par moitié, les plénipotentiaires néerlandais proposaient un partage en rapport avec le chiffre de la population. Mais cette dissidence n'était pas la seule. Le désaccord existant pour les bases mêmes de la répartition se retrouvait dans les détails. Les plénipotentiaires hollandais s'élevaient avec force contre l'insertion du mot légalement dans les propositions de M. Van de Weyer : « Vouloir entrer dans des spécialités,» disaient-ils, «disséquer, »pour ainsi dire, une administration de quinze années, » rechercher ce qui parait légal ou non, et cela pour des » faits accomplis à la suite de votes libres des députés de la » nation, ce serait viser à un but impossible à atteindre; »ce serait heurter toutes les notions du gouvernement représentatif, et remettre en discussion tous les budgets et » toutes les mesures administratives et financières qui ont » formé, pendant quinze années, le régime économique »du royaume (1). » Ils admettaient la nécessité d'une liquidation pour les sommes déposées à la caisse des consignations, pour les cautionnements fournis par les Belges , pour les charges imposées aux caisses de retraite, pour les sommes trouvées dans les caisses publiques au moment de la séparation ; mais, pour toutes les autres réclamations, ils s'opposaient formellement à une transaction quelconque. Quant aux indemnités demandées pour les inondations des polders, l'incendie d'Anvers et les pertes causées par l'invasion , ils répondaient que la Hollande « serait plutôt fondée à demander
(1) Recueil de pièces diplomatiques , T. II, p. 51.
»des indemnités pour les inondations morales que la ré- » vol te en Belgique avait exercées sur la valeur des » effets- publics et des propriétés, diminuée de plus d'un » tiers (1).»
Il serait aussi fastidieux qu'inutile d'analyser plus longuement les notes, les mémoires, les projets et les articles présentés de part et d'autre à l'appui du système qu'on cherchait à faire prévaloir. Pour la délimitation du territoire, de même que pour le partage des dettes, les agents des deux gouvernements étaient chaque jour plus loin de s'entendre. « La Hollande disait : je veux reprendre mes anciennes limites et ne veux pas reprendre »mes anciennes dettes en entier. La Belgique disait : je aveux m'approprier une partie de l'ancien territoire » hollandais, et ne veux rien supporter dans les anciennes » dettes hollandaises. La Hollande voulait le partage des » territoires sur le pied de 1790, le partage des dettes sur »le pied de 1830; la Belgique, le partage des territoires »sur le pied de 1830, et celui des dettes sur le pied de »1790. Dans le partage des dettes, la Hollande prétendait » représenter les provinces septentrionales (du royaume »des Pays-Bas); dans le partage des territoires, l'anïcienne république. Dans le partage des dettes, la Belgique voulait représenter les Pays-Bas autrichiens; »dans le partage des territoires, les provinces méridionales.... Il y avait de part et d'autre vice de logique (2). » De plus, il régnait dans la correspondance des plénipotentiaires des deux peuples un ton d'aigreur et d'irri-
(i) Recueil de pièces diplomatiques, T. II , p. 60. — Papers relative to the affairs of Belgium , A , p. i 15.
(2) Nothomb, Estai, p. 202, 3 e éd.