CHAPITRE XXXV
active e! d'opposition mililante, une association civile forlemenl constituée et susceptible d'un accroissement indéflni. Les frais furent couverts à l'aide d'un emprunt et d'un subside maçonnique de deux à trois mille francs. La société ouvrit ses travaux le 15 avril 1841, sous le titre de L'Alliance.
Les progrès de l'association dépassèrent l'attente de ses fondateurs. Composée d'un premier noyau de 330 membres tous francs - maçons , elle comprit bientôt l'avantage qu'elle pourrait retirer de l'admission d'une foule d'hommes qui, tout en voulant rester en dehors des sociétés secrètes, se montraient dévoués de cœur et d'âme aux progrès du libéralisme. En vertu d'une décision prise en assemblée générale, les personnes étrangères à la maçonnerie furent admises dans les cadres de la société; puis, par une nouvelle résolution, on fit disparaître toute inégalité entre les membres. Grâce à cette mesure, un travail de quelques mois suffit pour porter le nombre des associés à plus de mille. Maîtresse des élections pour la commune et pour la province, pesant de tout son poids sur les élections générales de l'arrondissement de Bruxelles, VAlliance marchait visiblement vers la toute-puissance politique au sein de la capitale. Malgré les efforts du ministère, du clergé, des sommités de la finance, de toutes les influences acquises à l'administration centrale, ses candidats étaient assurés de passer au premier tour de scrutin, dans un avenir peu éloigné (1).
Liège et quelques autres villes avaient suivi cet
(I) Voy. pour ces défaUsM. de Gerlache, Essai sur le mouvement det partis^ p. 52, 2' édilion.
exemple, sinon avec le même succès, du moins avec la même ardeur ; mais une foule d'autres localités étaient restées en arrière et se contentaient de faire précéder les élections de quelques conciliabules secrets, où les hommes les plus influents de l'opposition mettaient en commun leurs efforts et leurs rancunes. Les membres de V Alliance résolurent de régulariser cet état de choses ; ils conçurent le projet d'unir, de coaliser, de grouper sous une seule bannière, d'enrégimenter dans un seul et vaste cadre, toutes les forces vives du libéralisme. Le 14 juin 1846, un Congrès libéral ^ convoqué par leurs soins, se réunit à l'hôtel de ville de Bruxelles, sous la présidence de M. Defacqz, chef de VAlliamey conseiller à la cour de cassation et grandmailre de Tordre maçonnique (1).
Le caractère de M. Defacqz était généralement et justement estimé; mais son nom seul, devenant le drapeau du Congrès, attestait que les traditions vraiment libérales de 1830 avaient reçu une atteinte profonde. Dans notre immortelle assemblée constituante, où le patrio-
(i) En prenant rinitiative de la convocation du Congrès, le comité de V Alliance avait décidé que rassemblée se composerait d'an délégué sur 7,000 habitants, c'est-à-dire, de 615 membres, sur nne population de 4,500,000 âmes. Ce vœu ne fut pas complètement réalisé. L*appel fait à Touverlure de la séance constata que la salle ne renfermait que 320 délégués effectifs. Les représentants d'Anvers avaient refusé d'accepter la délégation de cette ville, et l'on remarqua Tabsence de M. Devaux, délégué de Bruges.
De même qu'à Bruxelles, les associations libérales s'assemblaient à riiôtel de ville dans plusieurs chefs-lieux d'arrondissement. C'était un inconcevable oubli de toutes les convenances administratives, qui doit être signalé comme un trait caractéristique de l'attitude et du caractère de Topposition. L'hôtel de ville est la maison commune; l'administration qui met ses salles à la disposition d'un club méconnaît les droits et blesse nécessairement les susceptibilités légitimes d'une partie de la population.