CHAPITRE XXXV
tisine avait si noblement triomphé de toutes les dissidences , où l'amour sincère de la liberté avait brisé du même coup les barrières qui s'opposaient à la propagande catholique et les entraves qui gênaient la manifestation de la pensée humaine sous toutes ses formes, M. Defacqz avait demandé l'asservissement de l'Eglise à l'Etat. A l'heure où les derniers soldats de la Hollande n'avaient pas encore abandonné le sol belge, il voulait priver les catholiques de l'un des avantages en vue desquels ils avaient si largement contribué à la conquête de l'indépendance nationale (1) ! La présidence de M. Defacqz, acceptée par acclamation, saluée avec enthousiasme , suffisait pour prouver que le Congrès libéral de 1846 était l'antithèse du Congrès national de 1830. En 1830, on voulait réunir tous les Belges en une seule famille libre, unie, forte par la communauté des intérêts et des droits ; en 1846, on demandait la suprématie permanente d'un parti, on classait les Belges en vainqueurs et en vaincus, on proclamait la nécessité d'une lutte acharnée, en d'autres termes, on réunissait, sans le savoir, les éléments d'une dissolution nationale!
Le discours de M. Defacqz, fréquemment interrompu par des applaudissements unanimes, n'était autre chose qu'un résumé lucide et éloquent de toutes les préventions, de tous les soupçons, de toutes les accusations exploitées par la presse ultra-libérale. Il parla longuement de l'influence occulte, de l'assujétissement du pouvoir civil, du droit divin, des vues ambitieuses de
(i) Voy. ci-dessus, T. II, p. 50. Hnyltens, Disc, du Congrès national^ T. I, p. 587.
répiscopat, du gouvernement théocralique aspirant à remplacer la monarchie constitutionnelle ; en un mol, il reproduisit sous une forme brillante et concise tous les griefs imaginaires que nous avons plus d'une fois énumérés (1). « La Constitution belge, » dit-il , « semx>blait avoir résolu le grand problème de la liberté en :»tout et pour tous : elle donnait une juste satisfaction »à des droits longtemps méconnus; elle pouvait suflQre »aux besoins nés de la marche du temps et du progrès x>des grandes doctrines sociales. Elle le pouvait, mais à »une condition, c'est qu'un gouvernement loyal et ha- »bile favorisât, suivit au moins l'impulsion qu'elle avait »donnée; qu'il maintînt l'équilibre entre ses rouages; » qu'il s'appliquât à développer graduellement et avec » sagesse les germes précieux qu'elle renferme...» Jurisconsulte éclairé et savant, M. Defacqz oubliait ici que le pacte fondamental était une œuvre de transaction, fondée sur l'accord des esprits et des cœurs, sur le coucours et le respect de tous les intérêts légitimes. Parlant à une assemblée qui, malgré le nombre de ses membres, n'était que l'expression d'un parti, d'une seule catégorie de citoyens, l'orateur blâmait l'attitude de ceux qui, restés fidèles aux traditions du Congrès national, interprétaient la charte en se plaçant au point de vue de l'assemblée constituante, c'est-à-dire, en repoussant de toutes leurs forces la domination exclusive de l'un de nos grands partis parlementaires. On éprouve un sentiment pé« nible en voyant un homme aussi éclairé, aussi justement honoré que M. Defacqz tenir cet étrange langage : « Une «égoïste ambition n'a pas craint de rendre stériles les
(ï)Voy.leschap. IXelXXVI.