‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 125 sur 178 · CHAPITRE XXXTII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXTII

Ni M. Veydt, ni M. d'Hoffschmidt, ni M. de Haussy n*avaienl occupé une place éminente dans les débats de la tribune. Le baron Chazal, Tun des premiers organisateurs de Tarmée, officier intelligent et instruit, n'avait pas à se mêler aux lutles politiques. Les seuls membres influents du cabinet étaient M. Rogier et M. Frère.

M. Rogier n'est plus le patriote unioniste de 1828, le ministre généreux et désintéressé de 1832. Combattu par la fraction catholique de la Chambre des représentants, privé de son portefeuille par une adresse émanée de la majorité catholique du Sénat, il n'a pas eu assez de grandeur d'âme pour oublier ses griefs, assez de patriotisme pour sacrifier ses rancunes sur l'autel de la patrie. Séparé des hommes qui lui servaient d'appui au début de sa carrière politique ; allié aux députés et aux journalistes qui jadis Faccablaient de calomnies et d'outrages , il va se trouver dans une position d'autant plus embarrassante que ses premiers actes devront être, sous plus d'un rapport, la répudiation solennelle des principes qu'il a professés à une autre époque. Placé entre les exigences hautaines du présent et les souvenirs les plus honorables de son passé, il cherchera vainement une force nouvelle dans les succès de la tribune et les éloges de la presse : la prépondérance politique, l'influence décisive sera bientôt le partage de l'homme qui, fidèle à tous ses antécédents, apparaît sur la brèche avec le drapeau qu'il a suivi dès ses premiers pas dans la vie publique. Cet homme est M. Frère. Arrivant au pouvoir dans toute la vigueur de l'âge et du talent, habitué aux luttes de la parole»

272 12 AOUT i 847 — 31 octobre 1852.

âpre au travail, exigeant à Tégard de ses amis, plein de dédain pour ses adversaires, intelligence vive et pénétrante, le député de Liège deviendra promptement le chef réel du ministère. Par la raideur de ses idées, par l'inflexibilité de son caractère, par la hauteur de ses exigences, le jeune ministre représente fidèlement le libéralisme vainqueur; il le représente jusque dans ces doctrines économiques arriérées, qui voient le salut du peuple dans la multiplication des rouages administralifs, dans Texagéralion de Tinfluence de TElat, doctrines que la postérité sera étonnée de trouver chez des hommes qui se vantent de posséder le monopole des lumières et des idées libérales !

Le jour même de son avènement, le cabinet publia le programme que, sous forme de circulaire, il avait adressé aux gouverneurs de province. « Au moment, » disaient les ministres, « où une politique nouvelle va x> présider à la direction des affaires, nous devons au »pays de lui faire connaître les bases générales sur » lesquelles le cabinet sera constitué. — En tète de sou » programme politique, le ministère tient à poser en » termes explicites le principe de l'indépendance du pourvoir civil à lous ses degrés. L'Etat est laïc. Il importe »de lui conserver nettement et fermement ce caractère, »et de dégager, sous ce rapport, l'action du gouverne- »ment, partout où elle serait entravée. — D'autre part, » respect sincère pour la foi et pour les dogmes; pro- »tection pour les pratiques de l'ordre religieux; justice »et bienveillance pour les minisires des cultes agissant »dans le cercle de leur mission religieuse. —Ce double «principe, en harmonie avec l'esprit de notre Consti-

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