‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 127 sur 178 · CHAPITRE XXXVIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIÏ

tème du cabinet était la répudiation hautaine de cette politique traditionnelle qui plaçait le gouvernement dans la coalition des centres, dans Tunion des hommes modérés de tous les partis. La politique étroite du Congrès libéral de 1846 prenait la place de la politique généreuse du Congrès national de 1831! Le programme ministériel constatait l'inauguration des gouvernements de parti, la classification des citoyens en vainqueurs et en vaincus, l'abandon définitif de Talliance patriotique de 1828.

Nouvelle pour le roi, pour les Chambres, pour le pays, cette politique offrait le même caractère pour M. Rogier. Lui qui, en 1833, plaça sa signature au bas d'un projet de loi accordant au chef de TElat le droit de dissoudre les conseils communaux. et de les remplacer par des commissions provisoires; lui, qui voulait donner au roi la faculté de nommer les bourgmestres, non-seulement hors du conseil , mais même hors de la commune, le voilà forcé de réclamer le retrait d'une législation autorisant exceptionnellement le choix du bourgmestre parmi les électeurs de la localité! Le voilà devenu l'un des porte-drapeau du parti où figurent les hommes qui, tandis que les catholiques lui prêtaient l'appui de leur influence, l'appelaient avec mépris a un laquais impudent, un faquin subalterne (1)! »

C'était en vain que le cabinet prenait l'engagement d'être impartial, Juste et bienveillant pour tous, sans distinction d'opinion politique. C'était en vain qu'il repoussait dédaigneusement « la pensée d'une administra-

{l)Voy. T. ni,p.i.

276 12 AOUT 1847—31 octobre 1852.

Dtion réactionnaire, étroitement partiale. » Tout pouvoir subit les conséquences de son origine, et ce n*esl jamais impunément qu'on contracte des alliances compromettantes. Dans Tordre politique, comme dans le cercle plus restreint des intérêts privés, Thomme rencontre la grande loi de la responsabilité des antécédents. Malgré les protestations de leur programme, les premiers actes des ministres furent des actes de réaction. Le jour même où ils placèrent leur signature au bas du manifeste, ils destituèrent trois gouverneurs de province : résolution d'une gravité incontestable dans un pays de l'étendue de la Belgique. Quelles pensées de tolérance et d'impartialité attribuerait-on aux ipinistres français qui, le jour même de leur avènement, chasseraient de leurs postes le tiers des préfets de département? Encore cet acte, malgré son importance, ne suflSt-il pas pour contenter les exigences des associations libérales. La destitution de trois gouverneurs fut suivie de la destitution de onze commissaires d'arrondissement et du déplacement de plusieurs autres pour cause politique : c'est-à-dire que, sur quarante commissaires que renfermait le pays, plus du quart furent sacrifiés aux rancunes de la politique nouvelle (1). Sans doute, le gouvernement usait d'un droit incontestable en confiant les emplois politiques à des hommes investis de sa confiance ; mais c'était la première fois que ce droit était exercé avec cette rigueur extrême. Jusque-là les ministres n'avaient em-

(1) Voy. le Moniteur du Ti el du 22 scplcmbro, et du 13 août 1847. — Quelques-uns de ces fonctionnaires étaient admis à faire valoir leurs droits à la pension de retraite ; mais leur éloigncmcnt n'en était pas moins une disgrâce politique.

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