‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 128 sur 178 · CHAPITRE XXXVU · texte numérisé non relu

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ployé l'arme brutale de la destitulion que dans le seul cas d'une désobéissance formelle. En 1847, M. Rogier s'était borné à réclamer des moyens défensifs contre l'hostilité éventuelle des fonctionnaires publics; cette fois-ci le dépulé d'Anvers , cédant aux clameurs du libéralisme avancé , prenait sous sa responsabilité le recours à des moyens préventifs. Il ne daigna pas même donner aux fonctionnaires menacés un avertissement officieux, pour leur laisser le choix entre la destitution et la retraite volontaire : tous apprirent leur remplacement par la voie du journal officiel.

En présence de^ ces actes, de cette interprétation significative du programme ministériel, on croyait que les députés catholiques allaient jouer le rôle d'une opposition bruyante et systématique; mais cet espoir secret de leurs adversaires ne fut pas réalisé. Dès le début de la session de 1847, dans la discussion politique soulevée par le vote de l'adresse en réponse au discours du trône, ils prirent une attitude calme et digne, qui formait un contraste saisissant avec la tactique adoptée par leurs antagonistes, chaque fois que ceux-ci s'étaient trouvés en présence d'un cabinet appartenant à une opinion différente. Au lieu de suivre l'exemple donné par la Revue nationale y en se livrant à des commentaires malveillants sur les vues secrètes des ministres ; au lieu d'analyser les diverses nuances du parlement , pour en déduire des conséquences blessantes pour la majorité, ils acceptèrent loyalement le résultat de la dernière lutte électorale. «Je reconnais,» disait M. Malou, a que le ministère devait naître tel »qu'il est, après les élections du 8 juin; je ne lui con-

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»lestepas, comme on l'a fait si souvent, en présence »de révidence des faits, le droit d*être au pouvoir (1).» «Je n'hésite pas à déclarer, » ajoutait M. de Theux, « que ma ferme résolution est d'examiner avec im- » partialité les projets de loi qui nous sont annoncés «par le gouvernement, adoptant ceux qui me paraîtront s>bons et repoussant les autres (2). » a Je subis de »bonne grâce,» disait M. de Decker, «le triomphe de »mes adversaires politiques. Jusqu'à ce qu'ils aient ©prouvé, par leurs actes, qu'ils veulent s'écarter des j> principes de lu Constitution, je ne veux pas leur «refuser. le concours auquel ils ont droit (3).» Placés en présence d'un cabinet dont le premier acte fut un arrêt de proscription administrative, les hommes qu'on avait sans cesse accusés de méconnaître l'esprit de la Constitution étaient les premiers à rendre hommage à la règle constitutionnelle par excellence, le gouvernement par la majorité. Ils avaient invoqué ce principe à l'heure où il plaçait le pouvoir aux mains de leurs amis; ils le proclamaient encore au moment où ses conséquences tournaient au bénéfice de leurs adversaires. Refusant de voter en faveur d'une adresse renfermant une formule d'adhésion à la politique ministérielle, mais ne voulant pas davantage émettre un suffrage hostile, leurs chefs prirent le parti de l'abstention (4). Appelant de tous leurs vœux la fin des luttes stériles qui, depuis six ans, absorbaient une notable

(1) Séance du 17 novembre; Ànn. parî.y p. 50.

(2) Ibid., p. 35.

(3) Ibid., p. 36.

(i) L'adresse fui votée par 58 voix. 23 membres s'étaient abslcnos. Ibid.y p. 93.

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