‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 131 sur 178 · CHAPITRE xxxvir · texte numérisé non relu

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breux, réclamaient audacieusemcnl le concours de leurs administrés en faveur des idées et des œuvres de la politique nouvelle. Dans les journaux, dans les clubs, dans les rangs de Tadminislration, c'était un concert bruyant de félicitations et d'éloges , nn long cri de victoire. Le ministère lui-même, envisageant l'avenir avec une confiance entière, était venu déposer sur le bureau de la Chambre un projet de loi décrétant l'cxécntion successive de travaux d'utililé publique et d'autres mesures d'inlérêt général, jusqu'à concurrence, de soixante-dix-huit millions de francs! Quand la Belgique avait à sa tête un minislère catholique, on parlait avec terreur de la pénurie du trésor et du délabrement des finances nationales. Ce ministère tombe, une administration libérale prend sa place, et aussilôi la situation devient assc2 prospère pour autoriser une dépense extraordinaire de près de cent millions! Les plaintes, les accusations, les prophéties sinistres étaient remplacées par des dithyrambes en l'honneur des ministres libéraux (1).

Tout à coup ces chants de triomphe sont interrompus par une catastrophe terrible. Le trône de Louis- Philippe disparaît dans une émeute. Les classes inférieures prennent une altitude pleine de menaces, les prolétaires revendiquent le pouvoir, et le sol de TEurope tremble depuis les Pyrénées jusqu'à la Vistule. Le feu de la révolte se propage avec la rapidité de la

(1) Le projet dont nous venons de parler, présenté dans la séance da 23 février 1848, forme le n" 132 des docummUi parlementaires de la session. Dans les fr. 78,2SUS,500, la réduction à opérer sur la dette flot'tante ne figurait que pour fr. 8,500,000.

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foudre. A Vienne, à Berlin, à Milan, à Prague, à Presbourg, dans loules tes capitales de l'Europe occidentale, la révolution lève son drapeau redoutable, et partout elle parle le même langage, partout son cri de ralliement est un appel à la haine du pauvre contre le riche^ du prolétaire contre le capitaliste, de Thomme ambitieux et obscur contre toutes les sommités sociales: premier et terrible avertissement donné par la Providence aux classes supérieures et moyennes, qui voient le monde à leurs pieds et se croient maîtresses de Tavenir, quand elles possèdent le pouvoir politique et qu'elles ont entravé par d'ignobles liens l'action civilisatrice de l'Eglise.

Ce fut dans la nuit du 28 février 1848 que la nouvelle de la révolution de Paris parvint a Bruxelles.

Un sentiment mêlé de douleur et de crainte se répandit dans toutes les provinces. Ce roi précipité da trône était le père de la reine, le soutien et Tami de notre jeune dynastie nationale. Ces nobles princes qui s'acheminaient vers l'exil étaient les parents, les amis, les protecteurs naturels des princes belges. Celte armée humiliée par l'émeute avait planté le drapeau belge sur les remparts de la citadelle d'Anvers. Cette république qui relevait sa bannière eL ses emblèmes, jadis maîtresse de notre territoire, n'avait pas oublié les frontières du Rhin et des Alpes. Sympathie respectueuse pour la douleur de la reine et de la famille royale, sollicitude et pitié pour l'illustre maison d'Orléans, inquiétudes au sujet de la conservation de l'indépendance nationale, élonncment naïf à l'aspect de la coalition des classes inférieures , peur d'un gouver-

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nemenl au sein duquel un ouvrier exerçait sa part de souveraineté, toutes ces émotions, toutes ces craintes, mêlées et confondues, produisirent d'abord un découragement immense et universel. On s'attendait à voir apparaître le drapeau républicain dans le Hainaut et les Flandres.

Heureusement ces alarmes ne tardèrent pas à perdre beaucoup de leur intensité. Dans le gouvernement provisoire de Paris figurait un homme qui , après avoir largement contribué à la chute de la monarchie, s'était imposé la tâche de creuser un abîme entre les aspirations socialistes de 1848 et les traditions guerrières de 4793. Dès le 28 février, M. de Lamartine adressa au prince de Ligne une dépêche renfermant les phrases suivantes : « La forme républicaine du nouveau gou- »vernement n'a changé ni la place de la France en » Europe, ni ses dispositions loyales et sincères à main- » tenir ses rapports de bonne harmonie avec les puis- Dsances qui voudront, comme elle, l'indépendance des » nations et la paix du monde. Ce sera un bonheur pour »moi. Prince, de concourir par tous les moyens en pmon pouvoir à cet accord des peuples dans leur di- »gnilé réciproque, et à rappeler à l'Europe que le D principe de paix et le principe de liberté sont nés le »même jour en France. »

Ces paroles étaient rassurantes, mais la position du gouvernement belge n'en restait pas moins considérablement modifiée par la chute du trône de Juillet. Pr(jgsé par la révolution française au midi, trouvant la révolulion allemande à l'est, rencontrant bientôt la révolution

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