CHAPITRE xxxvir. 29T
eoup qu^on allait porter à leur influence politique; ils savaient que le cabinet, sous prétexte de faire des concessions aux idées démocratiques, allait procurer air libéralisme un avantage que ses chefs les plus énergiques n'avaient pas osé réclamer, au sein du Congrès de 1846, comme une concession immédiatement réalisî|^le. Mais ils avaient trop de patriotisme, ils étaient trop profondément dévoués au pays et au roi, pour concevoir la pensée d'entraver la marche du gouvernement dans ces circonstances solennelles. Répondant encore une fois par leurs actes aux insinuations malveillantes de leurs détracteurs, ils votèrent unanimement en faveur du projet déposé par les ministres (1). Ils votèrent de même à l'unanimité un deuxième projet destiné à réduire le cens électoral pour la nomination des conseils communaux à fr, 42-32, dans les communes où il excédait ce taux en vertu de la loi de 1836, Cette réforme nouvelle était la conséquence nécessaire de la première. Il eût été absurde de se montrer plus sévère pour le choix des mandataires de la commune que pour l'élection des membres de la représentation nationale (2).
La meilleure de toutes les politiques eût été d'oublier nos luttes intestines, de pacifier les esprits, d'accueillir avec sympathie les avances d'une grande opinion nationale. Or, nous le verrons, la guerre adminislrativo faite aux catholiques, un instant interrompue par les redoutables événements qui s'accomplissaient le long
(1) Ânn. pari, p. 997. -- En présentant ce projet, M. Rogicr avait retiré sa proposilion antérieure relative k l'adjonction des capacités.
(2) Jbid.y p. iiOi.
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des frontières , fut bientôt reprise avec une vigueur inusitée. Nous verrons venir le jour où quelques-uns d'entre eux se demanderont avec douleur si la conquête étrangère n'eût pas été un bienfait pour leurs coreligionnaires!
Cependant les Chambres et le pays présentaient un admirable spectacle. Dans Tune des premières séan<^s qui suivirent la catastrophe de Février, un représentant imbu d'idées républicaines , plein d'enthousiasme à l'aspect des débordements du torrent démocratique, annonça que les idées de la révolution française allaient faire le tour du monde. M. Delfosse lui répondit aussitôt : « Pour faire le tour du monde, la liberté n'a plus » besoin de passer par la Belgique! » A ces paroles, à la fois si patriotiques et si vraies, les sentiments qui se trouvaient au fond de tous les cœurs éclatèrent avec force; la gauche et la droite, oubliant leurs querelles, mêlèrent leurs acclamations à celles des spectateurs pressés dans les tribunes ; tous les collègues du député de Liège lui prodiguèrent leurs félicitations , et la Chambre, en proie à une émotion profonde, se sépara sans aborder son ordre du jour (1). Le lendemain , M. Dcchamps, dans un éloquent appel à tous les Belges dévoués au trône constitutionnel, provoqua les applaudissements de ses coreligionnaires en disant : « Les »partis, morts pour longtemps, ne sont destinés à re- » naître que totalement transformés.... Dans les mo- »ments suprêmes comme celui auquel nous assistons, »où notre nationalité, soumise à une épreuve difficile
(i) Séance du l» mars 1848. Ànn. pari.,, p. 950.