CHAPITRE XXXVII
»ct peut-être à des sacrifices, recevra, par cela même, »Ie baptême définitif qui lui manquait; dans de tels •moments, toute Faction du pays, toute Tintelligence »et l'énergie du pays doivent se concentrer dans les • mains du gouvernement que les Chambres entourent j>de leur confiance (i). »
Nous l'avons déjà dit : ces manifestations du patriotisme de la législature étaient d'accord avec les sentiments et les vœux du pays. A part quelques individualités divergentes, la nation tout entière n'avait qu'un désir et qu'un but : la conservation de la dynastie et des institutions nationales. Cette pensée dominait toutes les préoccupations du présent et toutes les craintes de l'avenir. Riches et pauvres, capitalistes et prolétaires, tous repoussaient avec le même dédain les doctrines subversives qui se trouvaient si largement représentées au sein du gouvernement provisoire de Paris; tous manifestaient énergiquement la volonté de rester fidèles au pacte social de 1831. Le roi ne pouvait se montrer sans être aussitôt entouré, pressé, acclamé par une foule enthousiaste^ où la blouse de l'ouvrier ne se trouvait pas en minorité. La révolution de Février était un immense malheur pour la Belgique et pour la famille royale; mais ce malheur, malgré ses proportions redoutables, n'était pas du moins resté sans compensation. Le patriotisme, l'attachement au trône constitutionnel, le sentiment de la nationalité, grandis^ saient au milieu des dangers qui entouraient la patrie. Un mot du roi avait profondément touché le pays.
(1) Afin. pari. y p. 993.
300 12 AOUT 1847 — Si octobre 18M.
Léopold avait dit aux ministres : a Si la nation veut «donner à son gouvernement une forme républicaine, »je ne serai pas un obstacle; mais si le pays désire que »le trône constitutionnel reste debout, je le défendrai «jusqu'à la dernière extrémité. » A ces nobles paroles l'armée et le peuple avaient répondu par une manifestation énergique de dévouement et de fidélité à la première dynastie nationale des Belges. Quelques centaines d'ouvriers, arrivés à la frontière du midi pour proclamer la république, furent dispersés par les premiers pelotons d'une colonne mobile (1).
Grâce à la sagesse et au patriotisme du peuple belge, les malheurs de l'Europe donnaient en quelqiTe sorte une consécration nouvelle à Tindépendance de nos pro» vinces. Jusque-là nos institutions n'avaient pas subi la dernière et solennelle épreuve des orages révoluUonnaires. Plus d'une fois des diplomates étrangers, d'ailleurs dévoués à la Belgique, avaient dit que nos libertés si larges, si radicales, deviendraient une source de troubles et d'anarchie, le jour même où la société européenne serait agitée par une crise profonde. Cette crise était survenue avec des caractères d'une gravité incommensurable! Monarchies absolues, royautés constitutionnelles, gouvernements militaires, dynasties consacrées par les siècles, trônes issus du vœu populaire, toutes les institutions politiques de l'Europe continentale sont secouées par la tempête ! Seule inébranlable, seule confiante et calme au milieu des révolutions qui l'enserrent, la jeune Belgique, pressée autour de son
(1) Voy. la relation officielle du combat de Risquons-Tout (29 mars), au Monittur du 1'' avril.