‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 138 sur 178 · CHAPITRE XXXVII. SOI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII. SOI

roi, suit paisiblement le cours de ses destinées et conquiert l'admiration du monde. L'épi'eùve était solennelle et décisive! De Taveu de tous, les Belges étaient dignes de jouir des institutions éminemment libérales qu'ils avaient conquises en 1830.

C'est avec douleur qu'on voit les chefs du libéralisme s'emparer de cette situation favorable pour porter un rude et dernier coup à l'influence des catholiques.

Lorsque les ministres étaient venus demander à la Chambre des représentants l'abaissement du cens électoral, ils n'avaient pas dit un mot d'où l'on pût induire que, dans leur opinion, cette mesure devait avoir pour complément la triple dissolution des Chambres» des conseils provinciaux et des conseils communaux. Ces corps, régulièrement élus sous l'empire de la législation antérieure, formaient la représentation légale et constitutionnelle du pays, de la province et de la commune; c'était au fur et à mesure de la retraite, du décès ou de l'expiration du mandat de leurs membres, que les électeurs nouveaux devaient être appelés à l'exercice du droit civique dont on venait de les investir. Les sentiments les plus patriotiques animaient les Chambres. Les conseils provinciaux et leurs dcputalions permanentes se montraient dévoués à nos institutions et secondaient de toutes leurs forces les efforts de l'administration centrale. Les conseils communaux , enfin rentrés dans le cercle de leurs attributions propres, commençaient à perdre le souvenir de leurs Adresses politiques et bornaient leurs soins à la direction et à la fécondation des ressources locales. Nulle part on n'apercevait la moindre trace d'hostilité,

202 12 AOUT 1847—31 octobre 1852.

la moindre velléilé d'opposition aux ministres; partout se manifestait le dévouement le plus absolu au roi, aux institutions, à Tindépendancc du pays. Comment, au milieu de telles circonstances, eût-on soupçonné que la réforme électorale masquait le projet de troubler le calme du pays, par la dissolution presque simultanée des Chambres, des conseils communaux et des conseils provinciaux? Tel était cependant le plan des associalions libérales. Les catholiques avaient compté sans rinfluence des clubs, la complaisance du cabinet et l'ambition insatiable du libéralisme avancé.

L'abaissement du cens doublait le nombre des électeurs des villes, dévoués en grande partie à la politique nouvelle (1). Dissoudre les Chambres, réunir le corps électoral sous la pression des agents du ministère, user largement d'une réforme qui donnait la prépondérance aux centres populeux, c'était se ménager la chance de fermer les portes du parlement aux députés catholiques sortis vainqueurs de la lutte de 1847. Dissoudre les conseils communaux, c'était mettre à la disposition du ministère le choix de 2824 bourgmestres et de 5060 échevins. Dissoudre les conseils provinciaux, c'était se procurer le moyen de fortifler l'élément libéral des députalions permanentes, dont les rapports journaliers avec les chefs des autorités locales peuvent devenir une source abondanle d'influences politiques. Or, ce vaste plan était facile à réaliser. Il

(1) Voy. Statistique générale du royaume, période décennale, i8iO-50, p. 32 et 39. — L'abaissement du cens poriail le nombre des clcctcuis des villes de 16,300 à 33,G09, tandis que celui des électeurs des campagnes clait à peine augmenté d'un ticr^.

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