CHAPITRE XXXr
Cependant^ cette fois encore, les catholiques se montrèrent disposés à prêter leur appui au ministère libéral. Etonnés de leur exclusion , alarmés des cris de victoire que les organes du libéralisme, l'Observateur en léte, poussaient dans toutes les provinces, ils n'en prirent pas moins Taltitude d'une atlente bienveillante. Ils savaient que MM. Leclercq, Liedls et Mercier étaient loin de partager les théories exclusives de la Revue nationale. Us espéraient que MM. Lebeau et Rogier, fidèles à leurs antécédents, continueraient à respecter tous les droits, à favoriser toutes les opinions honnêtes. Leurs principaux organes dans la presse déclarèrent qu'ils attendraient les actes du cabinet avant de le juger (1).
Les imprudences de la Revue nationale modifièrent cette situation favorable.
Au lieu d'imiter la réserve du cabinet, le directeur de la Revue^ poussant, lui aussi, un cri de triomphe, prit une attitude hautaine et dédaigneuse à l'égard de la majorité parlementaire. Ses réflexions sur l'avènement du cabinet du 18 avril portaient l'empreinte de l'enthousiasme que l'homme politique, aussi bien que l'artiste, subit à l'aspect de l'œuvre sortie de ses travaux et de ses veilles. Tout en donnant à ses amis le conseil de marcher dans la voie de la modération et de l'impartialité , M. Devaux enveloppa dans un dédain superbe toutes les mesures prises, tous les faits accomplis, tous les progrès réalisés pendant les sept années de l'administration de M. de Theux, c'est-à-dire, d'une administration appuyée sur le concours loyal des trois quarts des membres du Sénat et
(1) Voy. la chronique poliliqae de la Bévue de Bruxelles, n» d'avril 1840, — Voy. aussi le Journal hist. et litt. T. VU (1840), p. 92 et suiy.
32 18 AVRIL 1840 — 13 avril 1841.
de la Chambre des représentants. Les nouveaux ministres avaient inauguré une politique féconde et vraiment nationale! Le cabinet de 1840 n'était pas le continuateur de cet « esprit de négativisme et d'abstention » qui caractérisait l'administration précédente. Celle-ci, éclipsée par l'éclat qui allait entourer les collègues de M. Lebeau, apparaîtrait bientôt dans nos annales comme cune parenthèse vide. » Le pays allait se présenter sous un aspect nouveau, dans une attitude forte et fière 1 Chez les amis de M. Devaux, « le caractère était à la » hauteur de l'intelligence.. » Ils formaient l'agrégation ministérielle la plus forte que la Belgique eût jamais connue. Après eux, « un ministère de médiocrilés était » devenu impossible. » Elles étaient rares, les mains « pour lesquelles leur succession ne serait pas un » fardeau trop pesant. » Hier encore, le rôle du gouvernement consistait à éviter les difficultés, à amoindrir sa responsabilité, à temporiser, à s'abstenir; il administrait «avec l'esprit passif de ces gouvernements énervés par la » vieillesse, dont toute l'étude est de se traîner lentement »et sans effort dans une ornière faite. » Aujourd'hui, la Belgique, « matériellement et moralement affaissée de- »puis quelque temps , » se sentait vivre et grandir sous l'impulsion éclairée du gouvernement de cœur et d'intelligence « qu'elle voyait devant elle et non derrière » elle.» —C'était ainsi que s'exprimait \di Revue nationale. Elle élevait à la hauteur d'un système, d'un principe, d'une doctrine politique supérieure, le fait qui blessait et alarmait les catholiques. Elle annonçait sans façon l'avénement d'une politique nouvelle. Elle descendait jusqu'à la menace, en disant que la plus grande crainte des ad-