‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 16 sur 178 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

versaires du cabinet était « de le voir appeler le pays à >se prononcer entre eux et lui. »Un tel ministère, disait M. Devaux, pouvait vivre en pleine sécurité : « mourir »méme pour lui pourrait être un calcul ; ce ne serait que »se marquer sa place plus haute et plus forte da))S un » avenir peu éloigné. » Et ces cris de triomphe étaient accompagnés du brillant tableau de toutes les conquêtes que Topinion libérala* avait faites depuis la révolution. *Les cadres de l'armée, » s'écriait M. Devaux, «lui appar- » tiennent presque tout entiers. Elles est en grande ma- »joritédans les rangs du barreau, de la magistrature, »€le l'administration... » Sans le savoir, le député de Bruges réfutait toutes les déclamations de la presse libérale qui, depuis dix années, ne cessait de répéter que les catholiques remplissaient de leurs créatures tous les cadres de l'administration, nationale. Un cabinet libéral saisit les rênes de l'Etat, et aussitôt on se vante d'occuper toutes les avenues du pouvoir, de disposer d& toutes les . influences sociales!

Le langage hautain de M. Devaux était l'antithèse du ^ programme ministériel, communiqué aux Chambres. Tandis que les ministres manifestaient l'intention de travailler à la conciliation des partis, M. Devaux engageait les catholiques à se résigner, à s'efl'acer, à laisser désormais le pouvoir aux mains des libéraux modérés. Tandis que les ministres s'efforçaient de calmer leurs craintes, M. Devaux, énumérant les triomphes successivement remportés par ses amis politiques, annonçait Tavénement inévitable du libéralisme. Tandis que le cabinet demandait l'appui loyal et libre de toutes les fractions des Chambres, M. Devaux parlait des craintes.

34 18 AVRIL 1840—13 avril 1841.

qu'éprouveraient les catholiques, le jour où les ministres appelleraient le pays à se prononcer entre eux et leurs antagonistes.

Un journal catholique résuma ces étranges doctrines dans les paroles suivantes : « La minorité libérale du • pays doit régner et gouverner; la majorité, qui est caïtholique, doit obéir et se laisser faire. » C'était la théorie politique de la Revue réduite à sa plus simple expression (1).

Ce langage empruntait aux circonstances, et surtout à la haute position parlementaire de M. Devaux, une gravité extraordinaire. A l'égard du cabinet du 18 avril, M. Devaux occupait une tout autre place que celle d'un journaliste ministériel. Appelé par le roi à la suite du vote du 14 mars, il avait largement coopéré à la formation de l'administration nouvelle (2). On savait que M. Lebeau et M. Rogier vivaient dans une parfaite communauté de vues et d'opinions avec le directeur de la Revue nationale. L'honorable député de Bruges était une sorte de président invisible du conseil (3). Or, ce président invisible disait aux catholiques : « Résignezvous. L'heure de votre expulsion du pouvoir a sonné. Renoncez à l'espoir de participer à la direction active des intérêts nationaux. Acceptez sans murmure un rôle secondaire. Signez un acte de déchéance politique au

(1) Le Courrier de laMewe ; fragment cité par M. Devaux.

Pour les doctrines politiques que nous venons d'analyser, voy. la Bévue nationale, T. II (1840), p. 28Q à 292.

(2) Moniteur du 9 avril iSiO.

(3) Expression de M. Nothomb (Ministère du m avril 1841 , préface, p. 5). Le même homme d'Etat a dit: « On est convenu d'appeler ce ca- >binet: le ministère Lebeau-Rogier ; c*esi une erreur; il faudrait Tappe- »ler : le ministère Devaux. C'est du ministère formé, protégé, inspiré par sM. Devaux que Ton n'a pas voulu {Ibid.). »

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