‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 17 sur 178 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

profit des libéraux modérés. Votre intérêt Texige, Le libéralisme domine dans l'administralion, la magistrature et l'armée : pourquoi ne règnerait-il pas au sein des Chambres et dans les hôtels des ministres (1) ?» Les inquiétudes des catholiques étaient d'autant plus vives que la presse libérale de toutes les nuances, renchérissanl sur les prédictions de M. Devaux, accordait ses sympathies et promeltait son concours chaleureux aux minislres. Deux fois depuis la révolution, M. Lebeau avait été chargé d'un portefeuille, et, deux fois combattu par une fraction considérable du libéralisme, il avait dû chercher son appui et sa force dans le concours des catholiques. Cette fois encore, les organes avancés du parti avaient pris d'abord une attitude de réserve, de défiance et d'hostilité; puis, changeant brusquement de langage, ils s'étaient constitués les défenseurs passionnés des ministres. On se demandait avec anxiété quelles étaient les causes de ce changement subit dans les allures de ces ennemis de la veille; quelles étaient les promesses, les faveurs, les concessions qui servaient de base à cette alliance inopinée. La question extérieure étant vidée, les catholiques s'imaginaient que le sacrifice de leurs in* téréls en matière d'enseignement avait ramené la concorde et la joie sous les drapeaux de leurs adversaires.

La situation pouvait se résumer en quelques mots : les catholiques étaient mis en présence d'un cabinet qu'on disait chargé de célébrer les funérailles de leur influence politique.

Cette situation ne pouvait durer. En supposant que

(1) II n*est pas possible de donner une autre sfgniflcalion aux articles poliUqaes de la Betue nationale (Voy. ci-après, au chap. XXXV, l'examen des théories politiques de la Revue nationale)»

36 18 AVRIL 1840 — 13 avril 1841.

M. de Theux eût été chargé de la formation d*un cabinet exclusivement catholique, et que, le lendemain, dans un recueil publié par ses amis intimes, on eût présenté cette combinaison comme Tavénement définitif de la nuance politique représentée par ce ministre, comme le signal de la décadence irrémédiable de Topinion con< traire, tous les organes du libéralisme dans les Chambres et dans la presse se seraient empressés de protester <;onlre ce brevet d'incapacité politique. Les catholiques pouvaient rester calmes en présence du fait de leur exclusion; ils devaient nécessairement s'émouvoir en voyant élever ce fait à la hauteur d'un système.

Le ministère, il est vrai, s'abstenait de prendre les allures d'un gouvernement de parti ; mais, tout en conservant beaucoup de modération dans les formes, il montrait assez que ses sympathies penchaient du côté du camp libéral. Un honorable fonctionnaire, que M. Rogier lui-même avait appelé en 1834 au poste de secrétaire général du département de l'Intérieur, dut céder sa place à un membre de l'opinion libérale, parce que ses relations avec les catholiques inspiraient de l'ombrage. . On le plaça à la tète d'une division du ministère de la Justice , quelques jours après l'avènement du nouveau cabinet, et alors que bien certainement il n'avait pas encore rencontré l'occasion de démériter. Le commissaire de l'arrondissement de Bruxelles, qui possédait les sympathies des catholiques, fut envoyé avec le même titre à Mons, disgrâce évidente sous le double rapport du rang et des appointements (1). Le baron deStassart,

(1) Voy. le discours prononcé par M. INothomb dans la séance da 18 mars i8i3.

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