‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 29 sur 178 · CHAPITRE XXXÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXÏ

rendit au palais pour remettre Tadresse aux mains du roi (1).

L'agitation causée par cette démarche peut être comparée sans exagération à celle qui régnait dans toutes les provinces pendant les mémorables discussions du traité de paix de 1839. Les nuances extrêmes du libéralisme, qui nourrissaient encore des pensées de méfiance ou d'hostilité envers MM. Rogier et Lebeau, se rallièrent immédiatement au ministère avec un élan extraordinaire. Un formidable concert de récriminations, de menaces et d'injures retentit dans les colonnes d'une foule de journaux qui, acquis jusque-là à toutes les oppositions, avaient endossé pour la première fois la livrée ministérielle. Les démocrates eux-mêmes, toujours en petit nombre, mais toujours actifs et bruyants, se mirent à lancer des traits contre une « assemblée aristocratique» qui, disaient-ils, voulait ramener la théocratie et l'ancien régime.

Mais bientôt se produisit un fait infiniment plus grave. Les conseils communaux, oubliant leur rôle de corps administratifs chargés de la direction des intérêts exclusivement locaux, se mirent à juger, à contrôler, à blâmer les actes des Chambres, et votèrent à leur tour des adresses au roi pour demander le maintien du mi-

(i) Le tirage au sort des membres de la Commission amena un incident regrettable. A l'appel de son nom, M. de Haussy s'écria : « Je refuse »de faire partie d'une députation chargée de présenter au roi une «adresse que je crois attentatoire aux droits de sa couronne. » Le comte de Quarré fît une déclaration analogue, aux applaudissements chaleureux du public des tribunes.

Le roi répondit à la Commission : « Messieurs, je reçois l'adresse du «Sénat Je n'ai jamais douté de ses bonnes intentions. J'examinerai «cette adresse avec attention. » {Moniteur du 18 mars 1841).

eO 18 AVRIL 1840 — 13 AVRIL 1841.

nistère. Soixante communes, parmi lesquelles jSgurafent nos villes les plus importantes, se permirent cette grave infraction aux règles fondamentales de notre droit public» Les ministres n*eurent pas le courage de blâmer ces démarches inconstitutionnelles. Au lieu de dire au pays que le maintien de la liberté exige que chaque pou^ voir se renferme dans le cercle de ses attributions propres, ils gardèrent un silence que leurs subordonnés accueillirent comme une approbation tacite. Loin de formuler un blâme, la presse ministériel le annonçait minutieusement l'arrivée de chaque manifeste communaL Nous avons déjà dit que le renversement du cabinet, au moment où Ton ne pouvait lui reprocher d'autre grief sérieux que les tendances de sa politique, était une me^^ sure à la fois inopportune et dangereuse. L'expérience n'a que trop prouvé que l'adresse de 1841, loin de ramener l'union et la paix dans les régions officielles, fut en réalité un nouveau brandon de discorde, une nouvelle source de haines etde luttes. Mais s'ensuit-il que le Sénat n'eût pas le droit de signaler à l'attention du chef de l'Etat les dangers d'une attitude qui tendait à baser la po-^ litique nationale sur un système d'exclusion, injuste dans son point de départ, périlleux dans ses conséquences,hu«miliantdans son exercice pour une grande opinion largement représentée dans le pays et dans les Chambres?Nous ne le pensons pas. On peut différer d'avis sur l'opportu* nité, mais non pas sur la légalité de l'adresse. Le Sénat représente la nation au même degré que la Chambre des représentants. L'un et l'autre sont les délégués du même corps électoral. L'un et l'autre sont l'expression de la souveraineté nationale. Si la Constitution requiert pour

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