‹ La Belgique sous le règne de Léopold IerChapitre 3 sur 178 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

occupé Tune des premières places clans tous les grands débats de la tribune nationale. Dans les discussions provoquées par les dix-huit articles, le siège d'Anvers, ]a convention du 21 mai, les pillages de 1834, Torga* nisation communale, le traité de paix avec la Hollande, en un mot, dans toutes les questions décisives, la cause du pouvoir et de Tordre l'avait trouvé sur la brèche. M, Devaux arborant le drapeau de l'opposition ne pouvait tarder à devenir un adversaire redoutable.

Or, tel était le rôle qu'allait assumer l'honorable député de Bruges. En jetant un coup d'œil sur les pages du recueil publié sous ses auspices, on remarque de mois en mois quelques critiques nouvelles à l'adresse des mi-nistres, quelques pas de plus vers la glorification des cabinets homogènes et l'abandon de la politique unioniste de 1830.

Dans un premier article consacré à la politique intérieure, M. Devaux s'était placé sous la bannière de l'opinion libérale, « mais de l'opinion libérale modérée et ^tolérante, ennemie des scandales irréligieux, pleine de > respect pour une religion à laquelle ses adversaires les »plus décidés devraient au moins reconnaître le mérite » d'être encore la base la plus sûre de cette moralité du >peuple dont l'absence envenime tous les progrès (1). » Ces paroles n'avaient rien d'hostile, ni à l'égard des ministres, ni à l'égard des membres de la majorité des Chambres, puisque les uns et les autres se vantaient de marcher dans les voies de ce libéralisme constitutionnel et modéré dont le directeur de la Revue esquissait ainsi

(I) Revue nationale, T. î" (1839), p. 30.

i 8 JUIN 1839 — 6 AVRIL 1840.

le caractère. Mais le langage et Taltilude du nouveau recueil ne tardèrent pas à subir une modification profonde. Les paroles inoffensives firent place à des attaques d'abord indirectes et voilées, puis directes et patentes, et bientôt on s'aperçut que M. Devaux allait déployer la bannière d'une politique nouvelle.

Passant en revue les forces respectives des opinions parleoienlaires, le député de Bruges s'efforçait de prouver que la presse nationale, aussi bien que la presse étrangère, se faisait singulièrement illusion sur l'influence des catholiques au sein des Chambres belges; puis, laissant clairement entrevoir que la situation actuelle n'était pas de son goût, il annonça sans détour l'avènement prochain d'une administration purement libérale. « A

• une politique dominée par les appréhensions et les

• idées que nous avaient léguées les fautes du régime

• antérieur, et qu'on pourrait appeler la politique du •passé, succédera,» disait-il, « sous une forme ou une

• autre, un peu plus tôt ou un peu plus tard, une po- •litique d'avenir, ou tout au moins une politique ac- •tuelle.... Il est visible que la situation de 1830 et

• 1831 va s'éleignant ou se modifiant. Dans un avenir, •qui peut sans doute n'être pas très-prochain encore, •elle fera infailliblement place à un classement d'opi- » nions plus régulier, plus en harmonie avec les inté- •réts actuels, et sous l'empire duquel les faits seront

• autrement appréciés qu'ils ne l'avaient été aupara- •vant (1). • C'était proclamer en termes formels l'incapacité de la majorité parlementaire; c'était signaler

(1) Revue nationale, T. I", p. 31! et 312.

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