CHAPITRE XXXII
l'influence gouvernementale? Aucune législation européenne ne renfermait des garanties analogues.
Par une inconcevable aberration de l'esprit de parti, une mesure destinée à garantir l'exercice de la liberté d'enseignement, à rendre celte liberté eflScace et féconde, à maintenir une émulation large et généreuse dans la sphère de l'instruction supérieure, était représentée comme un premier pas en arrière dans les voies du privilège et du monopole. « La liberté d'enseignement »est garantie par la Constitution, » disait le rapporteur de la section centrale, « et tous nous voulons qu'elle soit » réelle. Cependant quand deux établissements sont ri- »chement dotés, et qu'à côté d'eux s'élève un établisse- »ment libre, dont l'existence n'est point assurée, dont ©les ressources ne sont pas positives, la liberté existe- »t-elle de fait, en ce sens qu'elle puisse produire tous »les résultats que le pays attend d'une véritable ému- »Iation? Est-ce donc entraver la liberté ou la seconder^ »que de proposer des garanties d'existence et de stabilité- »pour un établissement dont nous avons démontré la 9 haute utilité, et qui est destiné à produire, dans l'inï>lérêl même des études, cette émulation yéritaJ>le? Oa ©conçoit l'opposition que rencontrerait une propositioa ©tendant à demander au trésor de l'Etal la dot d'une ©institution privée et rivale de ses établissements; mais. ©ici on ne demande aucun sacrifice à l'Etal. On demande ©sinfiplement que la législature, comme elle en a le droit, ©pertnelte à ceux qui ont fondé un établissement d'uti- ©lîté publique, de l'asseoir sur des bases définitives, ©pour rentrer ainsi dans les véritables conditions de la ©liberté (1). » La personnification civile de l'université
(1) Rapport de M. de Decker au nom de la section centrale, p. 7.
catholique n'offrait aucun danger pour les universités de FEtat; elle ne mettait aucunement obstacle à ce que celles-ci continuassent à recevoir chaque année du budget une dotation bien supérieure. Elle ne détruisait pas davantage Tégalité de position entre l'université de Louvain et l'université libre de Bruxelles, puisque celle-ci était parfaitement en droit de solliciter une faveur identique. La résurrection de la main-niorle n'était qu'un épouvantait dont on se servait pour alarmer et agiter les masses (1).
Malheureusement la question fut étrangement dénaturée par la presse. Une foule de moyens furent mis en œuvre pour égarer l'opinion publique. Un pamphlétaire de Liège alla jusqu'à prétendre que les collectes annuelles pour l'université de Louvain dépassaient 1,400,000 fr. L'université ayant déjà amassé un capital de plus do vingt-quatre millions, il était bien temps, disait-il, « qu'elle cessât de disputer un morceau de pain aux «pauvres (2). » On fit si bien qu'on réussit à produire une aj^itation factice. Le ministère s'alarma; l'influence du nonce apostolique, Mgr. Fornari, lui-même circon*' venu par des suggestions intéressées, se fit sentir, el les évêques, par amour de la paix, déclarèrent renoncer à mesure que les Chambres se montraient disposées à prendre dans l'intérêt de l'université catholique. Par un mouvement libre et plein de générosité, ils abandon-» nèrent une pensée grande et féconde, dont la réalisa-t
{\ ) On trouve une réponse pércmptoîre à toutes les objections dans ui\ écrit remarquable intitulé : Examen de la proposition de MM. Dubus e{ Bradant, tendant à conférer à l'université calholiqtJte de Louvain la qualité, de personne civile. Louvain, octobre 1841.
(2) Joum. hist. et litt., 1841, p. 24.